Documentaire "Salafistes" : l'interdiction passe de 18 à 16 ans en justice

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/02/2016 à 19H28, publié le 18/02/2016 à 16H11
Lemine Ould Salem et François Margolin, les réalisateurs du documentaire "Salafistes", aux 21e Prix Lumières, le 8 février 2016 à Paris

Lemine Ould Salem et François Margolin, les réalisateurs du documentaire "Salafistes", aux 21e Prix Lumières, le 8 février 2016 à Paris

© François Mori / AP / SIPA

La justice a abaissé, jeudi, à 16 ans l'interdiction du documentaire controversé sur l'islam radical "Salafistes" que le ministère de la Culture avait interdit aux moins de 18 ans, en attendant de se prononcer sur le fond de l'affaire. Les auteurs du documentaire réclamaient l'annulation de l'interdiction du film aux mineurs qu'ils jugeaient "scandaleuse".

L'avocat du ministère se dit "surpris"

"Le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu la décision du ministère et abaissé l'âge d'interdiction aux moins de 16 ans pendant la durée de cette suspension", a indiqué l'avocat du ministère Me Jacques Molinié.

"Nous sommes surpris de la décision du juge des référés du tribunal administratif de Paris car nous pensions que le fait d'abaisser l'âge d'interdiction pour un film relevait du pouvoir du ministre de la Culture", a -il ajouté.

Une seconde procédure, engagée au fond par les auteurs du documentaire, vise, elle, à obtenir l'annulation pure et simple de l'interdiction aux mineurs.

Les scènes visées par l'interdiction "participent à la dénonciation des exactions" selon la cour

Celle-ci avait été décidée le 27 janvier par Fleur Pellerin, alors ministre de la Culture, en raison de "l'extrême violence" de certaines scènes du film diffusées sans commentaires.
 
"Les dites scènes, par leur portée et la façon dont elles sont introduites dans le documentaire, participent à la dénonciation des exactions commises contre les populations", a estimé le juge dans son ordonnance.
 
"Le film, qui comporte des scènes de résistance ou de dissidence, permet au public, du fait même de sa conception d'ensemble et de la violence de certaines images, de réfléchir sur la portée de ce documentaire et de prendre le recul nécessaire face aux images ou aux propos qui ont pu y être présentés", a-t-il poursuivi.

Satisfaction du côté des réalisateurs

"Je prends cet décision comme une victoire" s'est réjoui le coréalisateur du film, François Margolin.  "On nous disait qu'on faisait l'apologie du terrorisme, qu'on faisait le jeu des jihadistes et tout cela est démenti par le juge qui a dit que ce que nous avons voulu faire est exactement le contraire", a-t-il ajouté.
 
François Margolin avait estimé mercredi devant le juge qu'"empêcher le film d'être vu par ceux à qui il est justement destiné, les lycéens, les collégiens, est une chose scandaleuse".

La société de production qu'il dirige, Margo Cinéma, éditrice de "Salafistes", demandait en référé (procédure d'urgence), la suspension de l'interdiction du film aux moins de 18 ans.

L'avocat des auteurs, Me Ivan Terel, avait contesté mercredi la légalité de la décision ministérielle, la qualifiant de "disproportionnée" et d'"illégitime". "C'est une atteinte intolérable à la liberté d'expression et d'information", avait-il plaidé.

Un documentaire controversé

Tourné au Mali, en Irak, Algérie, Tunisie et Mauritanie, "Salafistes", qui entend montrer les jihadistes "tels qu'ils sont", selon ses auteurs, donne la parole à des responsables d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et à des autorités religieuses salafistes. Il est entrecoupé d'images de propagande et de vidéos jihadistes, sans voix off, ni commentaires et montre de façon très crue l'application de la charia au quotidien.