Mort de Mireille Darc, actrice glamour dans le coeur des Français

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/08/2017 à 11H23, publié le 28/08/2017 à 09H16

Révélée très jeune, en 1960, et starisée par Georges Lautner qui lui offre son premier rôle principal à 24 ans dans "Les Barbouzes", Mireille Darc, décédée à 79 ans, reste une des actrices qui a le plus fait fantasmer les Français. La comédienne emblématique des années 1960 et 1970 avait tourné dans une cinquantaine de longs métrages pour le cinéma, dont treize avec Lautner.

"Mireille Darc est partie cette nuit, chez elle à Paris. Elle a été très entourée jusqu'au bout par ses proches dont son époux et aussi Alain Delon, présent jusqu'à la fin", a dit lundi à l'AFP Annabel Karouby, son agent.

Surnommée "La grande sauterelle" après la sortie du film éponyme en 1966, elle avait tourné dans une cinquantaine de longs métrages pour le cinéma. Née le 15 mai 1938, Mireille Aigroz - qui choisit son pseudonyme en référence à Jeanne d'Arc - débarque à Paris de Toulon en 1959, avec pour bagage un diplôme d'art dramatique du Conservatoire. Entre baby-sitting et mannequinat, la jeune provinciale - "maigre, brune et plate" selon ses propres mots - accepte toutes les propositions, au théâtre comme à la télévision.
Mireille Darc dans "Les barbouzes" (1964)

Sex-symbol dans "Le grand blond avec une chaussure noire"

Silhouette élancée, casque blond platine coupé au carré, la jeune comédienne conquiert le public, avec son allure de vamp garçonne au grand coeur et désinvolte. En 1963, elle a déjà une dizaine de films à son actif quand elle tourne pour la première fois avec Lautner, qui en fait une vedette avec "Des pissenlits par la racine", puis "Les Barbouzes" un an plus tard. En 1972, la comédie "Le grand blond avec une chaussure noire", d'Yves Robert avec Pierre Richard, la montre dans une robe noire signée Guy Laroche, dénudant largement son dos. Son image de sex-symbol s'installe, l'actrice est volontiers comparée à Brigitte Bardot et même à Marilyn Monroe. Elle essaie de changer de registre, avec "Les Seins de glace" de Georges Lautner en 1974, ou "L'homme pressé" d'Edouard Molinaro en 1977. Mais son image de vamp un peu niaise lui colle à la peau. Avec Delon, elle joue dans plusieurs films dont "L'homme pressé", "Mort d'un pourri" ou "Borsalino". Au début des années 80, le couple se sépare. Mireille Darc connaît une traversée du désert professionnelle et de gros ennuis de santé. 

Sujet France 3 : E. Cornet, S. Korwin
Délaissée par le cinéma, elle était revenue sur le devant de la scène dans les années 1990 par la télévision, renouant avec la popularité dans des rôles de femme décidée et indépendante dans plusieurs séries comme "Les coeurs brûlés" ou "Les yeux d'Hélène". A la même époque, elle se lance dans la réalisation de documentaires, sur les greffes d'organes, le cancer, la prostitution ou, plus récemment, en 2015, les femmes SDF. Le dernier portait sur l'excision. Il doit être prochainement diffusé sur France 2.

Les grandes dates de la vie de l'actrice et réalisatrice 

15 mai 1938 : naissance à Toulon (Var),
1959 : elle part à Paris après des études au Conservatoire,
1964 : l'actrice tourne dans "Les Barbouzes" de Georges Lautner, 
1969 : rencontre Alain Delon sur le tournage de "Jeff", 
1972 : elle tourne "Le grand blond avec une chaussure noire" d'Yves Robert, avec Pierre Richard,
1983 : séparation d'avec Alain Delon. Grave accident d'automobile, 
1992 : elle reprend sa carrière de comédienne à la télévision. En parallèle, elle commence à réaliser des documentaires pour des émissions comme "Envoyé spécial" ou "Des racines et des ailes",
2002 : mariage avec l'architecte Pascal Desprez,
2007 : elle joue "Sur la route de Madison" avec Alain Delon au théâtre Marigny,

Celle qui fut la compagne d'Alain Delon pendant quinze ans avait connu une traversée du désert dans les années 80, après de graves ennuis de santé. Atteinte depuis l'enfance d'un souffle au coeur, elle subit en 1980 une opération à coeur ouvert par le professeur Christian Chabrol, avant d'être de nouveau opérée en 2013. Elle avait été hospitalisée fin 2016 pour des hémorragies cérébrales. 
Mireille Darc : Interview chez "Laurent Delahousse", juin 2013
Délaissée par le cinéma, Mireille Darc était revenue dans les années 1990 sur le devant de la scène par la télévision, renouant avec la popularité dans des rôles de femme décidée et indépendante dans plusieurs séries. Elle avait aussi réalisé plusieurs documentaires sociétaux. Elle était mariée depuis 2002 à l'architecte Pascal Desprez.
Mireille Darc, la revanche d'une blonde sur Le Divan de Marc-Olivier Fogiel

13 films avec Georges Lautner 

Quand Georges Lautner rencontre Mireille Darc dans les années 60, celle-ci est une actrice reconnue grâce notamment à son rôle dans "Pouic-Pouic" de Jean Girault aux côtés de Louis de Funès et Jacqueline Maillan. Mais c’est avec Lautner qu’elle va gagner ses galons de star. Il l’engage dans "Des pissenlits par la racine", "Les Barbouzes", "Galia", "Ne nous fâchons pas".... Des films qui permettront à la belle blonde longiligne de côtoyer Lino Ventura, Bertrand Blier et Francis Blanche.
Dans les années 70, elle sera encore aux côtés de Lautner pour de beaux rôles dans "Laisse aller… c’est une valse" ou encore "Les seins de glace" en 1974 où il filme la rencontre de Mireille Darc avec Alain Delon. 
Retour sur la carrière de Mireille Darc, décédée à l'âge de 79 ans

Les principaux films

"Les distractions" (Jacques Dupont, 1960)
"Pouic-pouic" (Jean Girault, 1963)
"Les durs à cuire" (Claude Pinoteau, 1963)
"Les barbouzes" (Georges Lautner, 1964)
"La chasse à l'homme" (Edouard Molinaro, 1964)
"Galia" (Georges Lautner, 1965)
"Du rififi à Paname" (Denys de la Patellière, 1965)
"La grande sauterelle" (Georges Lautner, 1966)
"La blonde de Pékin" (Nicolas Gessner, 1967)
"Fleur d'oseille" (Georges Lautner, 1967)
"Week-end" (Jean-Luc Godard, 1967)
"Jeff" (Jean Herman, 1969)
"Gonflés à bloc" (Ken Annakin, 1969)
"Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas... mais elle cause" (Michel Audiard, 1969)
"Fantasia chez les ploucs" (Gérard Pirès, 1970)
"Le grand blond avec une chaussure noire" (Yves Robert, 1972)
"Les seins de glace" (Georges Lautner, 1974)
"Le téléphone rose" (Edouard Molinaro, 1975)
"L'ordinateur de pompes funèbres" (Gérard Pirès, 1976)
"L'homme pressé" (Edouard Molinaro, 1977)
"Jamais avant le mariage" (Daniel Ceccaldi, 1982)
"Si elle dit oui, je ne dis pas non" (Claude Vital, 1983) comme interprète et coscénariste
"Réveillon chez Bob" (Denys Granier-Deferre, 1983)
"La vie dissolue de Gérard Floque" (Georges Lautner, 1986)
"La barbare" (1989), comme réalisatrice

Réactions

Son décès suscitait lundi de nombreuses réactions : "Une grande figure du cinéma français nous quitte. Mireille Darc était une actrice de talent, une femme de courage et d'engagement", a tweeté la ministre de la Culture Françoise Nyssen :


Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes :


Nicolas Sarkozy, ancien président de la République : 


Elise Lucet, journaliste et présentatrice d'Envoyé Spécial, émission pour laquelle Mireille Darc avait réalisé plusieurs documentaires :


Frédérique Bel, comédienne :


Pierre Richard, son partenaire à l'écran dans "Le Grand Blond avec une chaussure noire" :


Marc-Olivier Fogiel, animateur, qui l'avait reçue dans son émission "Le Divan" en 2015 :


Sur RTL, le réalisateur Alexandre Arcady a déclaré : "Mireille Darc était rayonnante, avec une silhouette
incomparable. On avait l'impression que le temps n'avait pas de prise sur elle. Elle était toujours la même : toujours curieuse, toujours attentive aux autres. C'était une comédienne de comédie et elle aimait ces rôles. Elle avait plusieurs vies : magnifique actrice, réalisatrice de documentaires...". Pour Jean Sagols, réalisateur de la série "Les coeurs brûlés" dans laquelle Mireille Darc avait tourné en 1992 : "C'était quelqu'un qui était dans le coeur de beaucoup de Français (...) A la différence d'Annie Girardot qui était populaire, elle, elle l'était sans l'être. Elle avait cette espèce de réserve qui faisait que les gens l'approchaient avec délicatesse. Elle était respectée et aimée." Pour Alain Deloche, chirurgien, fondateur de "La Chaîne de l'espoir" dont Mireille Darc était la marraine : "Mireille, c'est la grande dame de coeur, engagée. (...) Elle avait une attache particulière avec les enfants malades du coeur. Etant elle-même cardiaque, elle pouvait mieux comprendre la souffrance de l'enfant cardiaque. On la surnommait la dame de coeur".
 
Sur Europe 1, Philippe Labro, qui l'a dirigée dans un court-métrage, se souvient : "Mireille Darc, c'est les années 1960 ! (...)  À l'époque Mireille Darc était déjà une superstar, très populaire, ce qu'elle est restée par la suite".

"Je pleure Mireille, Mimi, ma petite soeur de cinéma qui avait gardé son âme d'enfant, jouait à la dame en cachant sa fragilité et sa pudeur", a confié Brigitte Bardot dans un texte adressé à l'AFP. "Généreuse, elle donnait plus qu'elle ne recevait. A la recherche d'amour et de protection, elle n'était pas qu'un sublime décolleté mais une belle âme et une délicieuse actrice", a ajouté l'ancienne actrice, qui qui avait tourné avec elle en 1961 dans "La Bride sur le cou", sous la direction de Roger Vadim. Pour Brigitte Bardot, "c'est toute une génération brillante qui a marqué le 20e siècle qui s'en va, en laissant la place à une médiocrité ordinaire, loin, bien loin de cette magnifique grande sauterelle",surnom que le film éponyme de Georges Lautner avait valu à Mireille Darc.

Le chanteur Michel Sardou avec qui Mireille Darc avait enregistré une chanson, "Requin chagrin" (1975): "Elle était mon amie, ma soeur, ma complice. Courageuse comme je ne le serai jamais. Un petit oiseau certes, mais un oiseau de fer. Comme elle le pensait, l'éternité n'est pas vide. Adieu, ma belle".

La chanteuse Fabienne Thibault : "Mireille Darc est partie. Ce sont les anges qui profiteront de son élégance, de son humanité et de sa grande classe" (sur Facebook).

Anthony Delon, fils de l'icône du cinéma français, a déclaré dans un texte transmis à l'AFP qu'elle était un "catalyseur d'amour" qui l'avait "aussi élevé" après être "rentrée dans [sa] vie à l'âge de 4 ans, sur la pointe des pieds avec respect et douceur".