Décès d'Anne Wiazemsky, romancière et actrice, ex-épouse de Jean-Luc Godard

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/10/2017 à 19H59, publié le 05/10/2017 à 12H17
Anne Wiazemsky en 2007.

Anne Wiazemsky en 2007.

© GINIES/SIPA

D'abord comédienne, révélée dans "Au Hasard Balthazar" de Robert Bresson, Anne Wiazemsky, petite fille de François Mauriac était devenue surtout écrivaine. Elle est décédée à 70 ans des suites d'un cancer.

Son décès a été confirmé par son éditeur Gallimard. Souffrant d'un cancer, la romancière était hospitalisée depuis environ un mois dans un hôpital parisien. Affaiblie par la maladie, Anne Wiazemsky, silhouette menue et fragile, gardait malgré tout cet air mutin qui surprenait ses interlocuteurs. Elle avait enchaîné les interviews avant la sortie du film Redoutable" de Michel Hazanavicius (sur les écrans depuis le 13 septembre) et s'était déplacée en mai au Festival de Cannes lors de la présentation du film.

Anne Wiazemsy très sollicitée ces derniers temps à l'occasion de la sortie du "Redoutable"

"J'ai vu le film et j'adorerais le revoir car je suis en même temps la meilleure et la pire des spectatrices", avait-elle confié à l'AFP en avril dernier, évoquant avec émotion le cinéaste reclus en Suisse. Le film était inspiré de deux de ses romans, "Une année studieuse" et "Un an après", tous deux comme toute son oeuvre publiés chez Gallimard, qui racontaient sa relation tumultueuse avec le "phare" de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard. La rencontre avec JLG, de 17 ans son aîné, a constitué un tournant dans la vie d'Anne Wiazemsky.

Née le 14 mai 1947 à Berlin, descendante d'une famille de princes russes en exil, petite-fille de François Mauriac (prix Nobel de littérature en 1952), fille d'un diplomate, Anne Wiazemsky, ancienne élève du collège Sainte-Marie de Passy à Paris, n'a pas 20 ans quand elle rencontre le cinéma.

Comédienne adoptée par les cinéastes de la Nouvelle Vague

A 19 ans, la jolie rousse au visage gracieux joue (avec l'accord de son grand-père) dans "Au Hasard Balthazar" de Robert Bresson. Les cinéastes de la Nouvelle Vague vont aussitôt l'adopter à l'instar d'actrices comme Anna Karina ou Bernadette Lafont. 

Anne Wiazemsky et Jean-Luc Godard au restaurant le Lido, à Venise, en 1967. 

Anne Wiazemsky et Jean-Luc Godard au restaurant le Lido, à Venise, en 1967. 

© LEEMAGE

En 1967, elle tourne son premier film avec Godard, "La Chinoise". Au total, ils tourneront sept films ensemble. Anne Wiazemsky et Jean-Luc Godard se marient en 1967. La déferlante de Mai 68 aura raison de leur amour. Le dernier film de Godard avec Anne Wiazemsky s'intitule (ironiquement) "Tout va bien". Il sort en 1972, l'année de leur divorce. Elle joue le rôle d'une ouvrière en grève.

Au cinéma, elle sera par ailleurs beaucoup demandée, notamment par quelques uns des plus sulfureux cinéastes italiens du moment : en 1968, dans "Théorème" de Pier Paolo Pasolini, en 1969, dans "Porcherie", toujours de Pasolini. La même année, elle est à l'affiche de "La Semence de l'Homme" de Marco Ferreri et "Capricci" de Carmelo Bene et en 1973, du "Retour d'Afrique" du Suisse Alain Tanner. Le cinéma français continuera de la solliciter pendant quelques années.

Elle apparaîtra aussi dans "Les gauloises bleues" de Michel Cournot ou "Raphaël le débauché" de Michel Deville. Ces années de cinéma seront pour Anne Wiazemsky des années d'émancipation. Elle reprendra à son grand-père - qu'elle adorait - une phrase dont elle fit son credo : "Le bonheur, c'est d'être cerné de mille désirs, d'entendre autour de soi craquer les branches".

Anne Wiazemsky écrivaine

Au début des années 1980 elle s'éloigne du cinéma (à moins que ce ne soit le cinéma qui s'éloigne d'elle). Elle joue néanmoins encore pour Philippe Garrel ("L'enfant secret", 1982) et André Téchiné ("Rendez-vous", 1985). Mais la page est tournée, le temps est venu de l'écriture.


En 1988, Gallimard publie un recueil de nouvelles, "Des filles bien élevées", où elle s'inspire de son enfance et son adolescence passées dans la très stricte école Sainte Marie de Passy (Paris). Le livre obtiendra le prix de la Société des gens de lettres (SGDL). Suivront plusieurs romans dont "Hymnes à l'amour" (1996) qui reçoit le Grand prix RTL-Lire. En 1998, elle sera récompensée par l'Académie française qui lui décerne son Grand prix du roman pour "Une poignée de gens". Sa description des bouillantes années 1960 dans "Une année studieuse" (2013) et "Un an après" (2015) sont d'une lucidité joyeuse. On riait en l'entendant parler de Dany Cohn-Bendit, "mon camarade anarchiste de Nanterre" qui la draguait à la fac au cri de "solidarité des rouquins!". Son dernier livre, "Un saint homme", sorti au début de l'année, raconte son amour impossible pour un prêtre, "le premier être humain qui s'est intéressé à ce que j'écrivais", disait-elle.

Une oeuvre littéraire largement inspirée de sa vie

Ses romans étaient pour la plupart d'inspiration autobiographique. Elle y raconte son histoire, ses origines. Dans "Mon enfant de Berlin" (2009), elle décrit la rencontre de ses deux parents : Claire Mauriac (la fille de l'écrivain François Mauriac), alors engagée à Berlin pour la Croix Rouge, et Yvan Wiazemsky, officier d'origine russe, immigré après la révolution de 1917. Elle décrit par ailleurs la relation privilégiée qu'elle entretenait avec François Mauriac, son grand-père, au cours, notamment, de grandes discussions sur la littérature. 


Elle avait remporté le prix Goncourt des lycéens avec "Canines", un livre qui retrace son expérience de l'univers du théâtre. Elle avait aussi reçu en 1998 le Grand prix du roman de l'Académie française pour "Une poignée de gens", un livre sur ses origines russes. Au total, elle aura écrit une quinzaine de livres.