"Where to Invade next" de Michael Moore teste les USA à l'aune du monde

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 13/09/2016 à 18H59, publié le 13/09/2016 à 18H54
Michael Moore dans "Where to Invade Next" 

Michael Moore dans "Where to Invade Next" 

© Dog Eat Dog Film

On ne présente plus Michael Moore ("Roger et moi", "Bowling for Columbine", "Fahreneight 9/11"…) qui, à force de fustiger l’Amérique dans ses documentaires pamphlétaires, est devenu une quasi-institution. Chacun de ses films n’en demeure pas moins un événement. Avec "Where to Invade Next", il balaye devant la porte des Etats-Unis en leur montrant les exemples à suivre en Europe et en Tunisie.

La note Culturebox

3
3/5

La monnaie de sa pièce

A l’image de l’Angleterre qui fustige la France à la moindre occasion, les Etats-Unis se complaisent facilement à l’exercice. Preuve encore récente, la polémique lancée par le New York Times à propos de l’affaire du burkini avec une enquête caduque (sur la méthode) à laquelle a répondu le premier ministre Emmanuel Valls avec maladresse. C’est de bonne guerre. Mais s’il y en a un aux States qui s’évertue à prendre pour cible la première puissance mondiale, c’est bien l’Américain Michael Moore. On ne peut lui reprocher de ne pas aimer son pays puisqu’il justifie sa démarche par l’amour qu’il lui porte.
"Where to Invade Next" : la bande annonce

Sa dernière invention ? Se rendre dans une dizaine de pays d’Europe, ainsi qu’en Tunisie, pour en extraire des idées auxquelles les Etats-Unis feraient bien de s’inspirer pour s’améliorer. Oui, s’améliorer. Le ciel ne serait donc pas tout bleu "over the rainbow", au pays phare de la liberté, du premier amendement et de la libre entreprise ? Armé de son air bonhomme, casquette de baseball vissée sur la tête et bannière étoilée sous le bras, Moore visite l’Italie, la France, l’Allemagne, la Norvège, la Finlande, jusqu’à la Slovénie dont il vante les qualités du système universitaire, en passant par la Tunisie où, c’est bien connu, les femmes sont reines.

"Where to Invade Next" de Michael Moore

"Where to Invade Next" de Michael Moore

© Dog Eat Dog Film

Oz

La qualité des cantines scolaires française, les congés payés en Italie, le temps de travail en Allemagne, le système éducatif en Finlande et pénitentiaire en Norvège… autant de sujets traités sous un jour idyllique, donc raccourci, qui font passer tous ces Etats pour d’imaginaires Pays d’Oz. C’est d’ailleurs sur lui que se conclut le film, avec un extrait du "Magicien d’Oz" (1939) de Victor Fleming. Hasard ? La Grande-Bretagne, pays frère et père fondateur des futurs Etats-Unis ne figure pas dans ce portrait élégiaque du vieux continent. Première place financière européenne, n’y aurait-il donc rien à y prendre de bon ?

Si "Where to Invade Next" essaime des vérités, c’est la forme qui, comme toujours chez Michael Moore, freine l’adhésion complète. La forme documentaire de ses films, dont la déontologie réclame recul et exposition non partisane des faits, n'est pas de son ressort. C’est pourquoi ses longs métrages ne sont pas des documentaires, mais des pamphlets, d’autant que son approche humoristique est une constante. On ne peut reprocher à un créateur d’exposer ses idées. Il suffit de savoir comment il parle pour ne pas s’offusquer de son propos sur sa seule diction. A l’image d’une partie de la presse qui a rabroué le film pour son partisianisme, feignant de ne pas connaître ses opinions. Moore ne fait aucunement de l’anti-américanisme, mais rappelle à l’ordre l’Amérique. Pour preuve, sa conclusion met en avant que toutes ces bonnes idées glanées à droite et à gauche, s’inspirent de pratiques états-uniennes. Ce pourquoi le film se termine sur le claquement des chaussons rouges de Dorothy (Judy Gardland) pour les ramener au Kansas.

"Where to Invade Next" : l'affiche française

"Where to Invade Next" : l'affiche française

© Chrysalis Films

LA FICHE

Documentaire de Michael Moore (Etats-Unis) - Durée : 2h00 - Sortie: 14 septembre 2016

Synopsis :  Michael Moore décide de s'amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.