"W. E. / Wallis et Edouard" : Madonna cinéaste fétichiste

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 09/05/2012 à 12H59
Andrea Riseborough et James d'Arcy dans "W. E." de Madonna

Andrea Riseborough et James d'Arcy dans "W. E." de Madonna

© Pretty Pictures

De Madonna (Etats-Unis), avec : Abbie Cornish, Andrea Riseborough, James d'Arcy - 1h59 - Sortie : 9 mai

Synopsis : Londres, décembre 1936. Pour pouvoir épouser l’américaine Wallis Simpson, déjà deux fois divorcée, le Roi Edouard VIII est contraint d’abdiquer, quelques mois seulement après le début de son règne. New-York, février 1998. Malheureuse dans son mariage, Wally Winthrop passe ses journées à l’exposition qui précède la vente aux enchères, chez Sotheby’s, des objets ayant appartenu au Duc et à la Duchesse de Windsor. Wally découvre alors peu à peu ce qu’a été la vie de Wallis.
 

Bavure historique
Avec « W./E. », c’est la deuxième fois que Madonna passe derrière la caméra, après « Obscénité et vertu » sorti en 2008. Elle s’attaque cette fois à un sujet beaucoup plus classique qui mêle un biopic de Wallis Simpson et du duc de Windsor, avec le calvaire d’une femme mal mariée, obsédée par l’histoire du couple ducale.  Etonnant que cette histoire d’amour qui a fait scandale dans les années 1930-40 n’a jamais été traitée au cinéma. La « material girl » ne s’en sort pas si mal, mais s’est vue la cible des fourches caudines de la critique pour imprécisions historiques.

Le principal grief reproché à Madonna est de passer trop légèrement sur les accointances avec le régime nazi d’Edward VIII. Des documents récemment mis au jour révèlent en effet que le duc de Windsor complotait avec les nazis en cas de victoire allemande pour retrouver son trône laissé à son frère George VI. Ce à quoi répond la réalisatrice en ne s’être intéressée qu’à l’histoire d’amour et rien qu’à l’histoire d’amour. Elle balaye ainsi ces accusations lors de trois allusions visant le duc, en mettant dans la bouche de Wallis Simpson  qu’il ne s’agit que de « calomnies », de « Ragots ». C’est un peu léger.

Andrea Riseborough et James d'Arcy dans "W. E." de Madonna

Andrea Riseborough et James d'Arcy dans "W. E." de Madonna

© Pretty Pictures

Sophistacated lady
Au-delà la polémique historique, « W./ E » prête le flanc par une hyper sophistication de l’image et de la construction narrative qui empèsent par trop le film. Comme si la Madonne voulait par trop démontrer son talent de cinéaste.  L’image est en effet très léchée, joue de différents grains selon les époques traversées, avec inserts de plans d’actualité en noir et blanc, le montage est aussi trop souligné… Andrea Riseborough, qui interprète Wallis Simpson avec une ressemblance bluffante, change de robe à chaque plan, entourée d’actrices plus belles les unes que les autres dans des décors somptueux…

Le milieu décrit est bien entendu sophistiqué, mais Madonna tombe dans un fétichisme, lui-même inscrit dans la vente aux enchères, nœud gordien du film qui fait le passage entre les années 1930-72, avec 1998.  « W./E » distille cependant un charme indéniable par l’évocation de cette histoire d’amour exceptionnelle mise en parallèle avec le drame vécu par une jeune femme contemporaine. D’aucuns tomberont également sous le charme d’une image très contrôlée non sans beauté. Peut-on reprocher de faire trop beau ? Sans doute quand on enjolive l’histoire.