"Vive la crise !" : le retour du cinéma libertaire de Jean-François Davy

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 08/05/2017 à 01H12
 Jean-Claude Dreyfus et Jean-Marie Bigard dans "Vive la crise !" de Jean-François Davy

 Jean-Claude Dreyfus et Jean-Marie Bigard dans "Vive la crise !" de Jean-François Davy

© Stéphane Mulys

Qu’il est bon de retrouver l'irrévérence de Jean-François Davy, chantre de l’âge d’or du "X" des années 70, dont le fameux "Exhibition" (1975), mais pas seulement ("Les Aiguilles rouges"). Sa liberté de ton rappelle Jean-Pierre Mocky. Comme lui, il rassemble dans "Vive la crise !" un beau casting : Jean-Claude Dreyfus et Jean-Marie Bigard, étonnants dans une comédie sociale abrasive et cocasse.

La note Culturebox

3
3/5

Sans dents

Mis en route deux ans avant l’échéance du vote de dimanche, le film de Jean-François Davy imagine que Marine Le Pen démissionne de son poste de présidente de la république en 2025 suite au rejet de sa loi d’interdiction de fumer (!). S’il se trompe dans ses prévisions, c’est de peu, puisque la leader du Front National était au deuxième tour de la présidentielle. Ce n’est toutefois pas tant sur la montée du FN en France que se focalise "Vive la crise !", mais sur la précarisation grandissante des plus modestes et l’idéologie liberticide galopante.
"Vive la crise !" : la bande annonce

Fable prospective sur l’état de la France, "Vive la crise !" évoque un tant soit peu "France, société anonyme", le premier film d’Alain Corneau qui dénonçait (déjà) en 1974 les excès d’une mondialisation qui n’existait pas encore. Jean-François Davy se fait, lui, le défenseur des "sans dents" en quête d’une reconnaissance humaine, autre que consommationniste, et d’une liberté de mœurs mise à mal depuis les années 90, avec le déferlement du "politiquement correct" issu des Etats-Unis, cette forme détournée du puritanisme.

"Vive la crise !" de Jean-François Davy

"Vive la crise !" de Jean-François Davy

© Stéphane Mulys

"Les temps sont durs, vive le mou !"

On peut compter sur Jean-François Davy pour ne pas manger de ce pain-là ! En citant Montaigne et La Boétie, il se réfère à des fondamentaux de la culture française en termes d’ouverture, de liberté d’acte et de pensée. S’il déborde quelque peu en grossissant le trait et en convoquant parfois les clichés, c’est pour mieux invoquer l’esprit libertaire qu’incarne le rôle de Jean-Claude Dreyfus. Son personnage de clochard philosophe est un croisement entre Boudu (le clochard anar qu’interprétait Michel Simon dans "Boudu sauvé des eaux" de Jean Renoir en 1932) et Aguigui Mouna (1911-1999), figure emblématique du pavé parisien des années 70, dont le mot d’ordre était "Les temps sont durs, vive le mou !".

Jean-Claude Dreyfus et Isabelle De Hertogh dans "Vice la crise !e de Jean-François Davy

Jean-Claude Dreyfus et Isabelle De Hertogh dans "Vice la crise !e de Jean-François Davy

© Les Films Montaigne

L’acteur est au diapason de la figure rabelaisienne, fantaisiste et philosophe qu'il incarne. A son côté, Jean-Marie Bigard ne démérite pas, en employé fraîchement licencié, composant un personnage désemparé, touchant, émouvant, en quête de dignité. Et quel plaisir de retrouver Michel Aumont en octogénaire farfelu et Rufus en contrôleur à la retraite qui se découvre une sexualité naissante auprès d’une charmeuse Emmanuelle Boidron. Mais il faudrait citer aussi le vétéran Venantino Venantini (dans le rôle de Pirandello !), Dominique Pinon, Florence Thomassin ou Nathalie Mann dans une trop courte apparition en psy du travail. Tout ce petit monde participe d’une joyeuse farandole revigorante, à contre-sens de la morosité ambiante.

"Vive la crise !" : l'affiche

"Vive la crise !" : l'affiche

© Kanibal Films Distribution

LA FICHE

Comédie de Jean-François Davy (France) - Avec : Jean-Claude Dreyfus, Jean-Marie Bigard, Lola Marois Bigard, Isabelle De Hertogh, Michel Aumont, Venantino Venantini, Emmanuelle Boidron : 1h32- Sortie : 10 mai 2017

Synopsis : Mai 2025, Marine Le Pen, Présidente de la République, démissionne. Étienne, cadre de la climatisation nationale, se fait licencier et n’osant affronter cette réalité, erre de bar en bar. Il rencontre alors Montaigne, agrégé de philo, qui mène une vie de bohème assumée. Étienne devient alors La Boétie et ils ne se quittent plus. Une troupe de marginaux truculents et attachants va se regrouper autour d’eux. S’appuyant sur l’article 1587 du Code Civil, ils déclenchent un joyeux foutoir et retrouvent le plaisir du bien-vivre ensemble.

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