"Viva" : guerre ouverte entre un père et son fils travesti à La Havane

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 06/07/2016 à 14H03
Héctor Medina Valdés dans "Viva" de Paddy Breathnach

Héctor Medina Valdés dans "Viva" de Paddy Breathnach

© ARP Sélection

Cinéaste indépendant irlandais, Paddy Breathnach a vu ses films projetés à Cannes, San Sebastian, Sundance, et son remarquable "Irish Crime" a tenu la tête du box-office irlandais en 1997. "VIva", son 6e film, tourné à La Havane avec de remarquables comédiens cubains, reflète son art du récit, de la direction d'acteurs et de la mise en scène, sur le conflit entre un père et son fils travesti.

La note Culturebox

4
4/5

Mama

L'on n'attendait pas Paddy Breathnach troquer ses brumes irlandaises pour le soleil de La Havane. Il reste toutefois fidèle à sa fibre sociale, en situant "Viva" dans un quartier défavorisé, loin d'un Cuba de carte postale. Film sur la quête d'identité, "Viva" voit les retrouvailles entre Jesus (Hector Medina Valdès) , un jeune adulte, coiffeur à domicile et dans un cabaret de travestis, avec son père, Angel (Jorge Peruggoria), repris de justice de retour de prison. Viril, autoritaire, ce dernier n'accepte pas de voir son fils évoluer dans ce milieu interlope et encore moins sa vocation scènique. Entre eux deux : Mama (extraordinaire Luis Alberto Garcia), patron du cabaret et vedette du show.
"Viva" : la bande-annonce

Jesus va tout faire pour parvenir à ses fins, avec l'aide de Mama qui lui donne sa chance. La persévérance, l'obstination du jeune homme sont égales à celles de son père, aux conséquences catastrophiques. Jesus est seul a subvenir aux besoins du foyer, son père, veuf, en rupture de ban et alcoolique n'ayant que sa forte personnalité et son passé de boxeur à vendre. Succombant à la vindicte paternelle, Jesus devra renoncer à son cachet de showman et se prostituer, une condition bien pire à celle que lui interdit son père. Mais Mama veille.

Naturalisme poétique

"Viva", nom de scène de Jesus, traduit un parcours vers la lumière, dont l'ascension des ruelles du quartier où vit Jesus vers les feux de la rampe est la métaphore. Si Paddy Breathnach insuffle de la poésie au récit, elle relève d'un naturalisme poétique, dans sa peinture d'une Havane hyperréaliste dont il capte un parfum envoûtant, captivant, sans jamais sombrer dans l'exotisme. Même chose pour les scènes de cabaret, dont il émane une chaleur, doublée d'une tendresse ineffable chez les drag-queens, tout comme dans l'enthousiasme de leurs prestations.

Héctor Medina Valdés et Jorge Perugorria dans "Viva" de Paddy Breathnach

Héctor Medina Valdés et Jorge Perugorria dans "Viva" de Paddy Breathnach

© ARP Sélection

Mention spéciale décernée à Luis Alberto Garcia dans son rôle de Mama. Personnage pétri d'un don de soi à la ville, il dégage sur scène une puissance émotionnelle frissonnante. Un charisme renversant ; un grand acteur. Beau et fort en émotion, "Viva" communique une vitalité foisonnante avec un naturel de tous les instants, sans fard et sincérité, qui touche le cœur.

"Viva" : l'affiche française

"Viva" : l'affiche française

© ARP Sélection

LA FICHE

Drame de  Paddy Breathnach (Irlande, Cuba) - Avec :  Jorge Perugorria, Luis Alberto Garcia, Héctor Medina Valdés,   - Durée : 1h40Luis Manuel Alvarez - Sortie : 6 juillet 2016

Synopsis : A Cuba, un jeune homme qui coiffe les perruques d'artistes travestis, rêve de chanter dans leur cabaret. Mais son père, qui sort de prison, a d'autres rêves pour lui…