"Une femme iranienne" : transgenre à Téhéran

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 12/05/2015 à 17H47
Ghazal Shakeri dans "Une femme iranienne" de Negar Azarbayjani

Ghazal Shakeri dans "Une femme iranienne" de Negar Azarbayjani

© Outplay

Les habitants de Téhéran entretiennent un rapport spécifique avec leurs taxis. Après "Taxi Téhéran" de Jafar Panahi sorti le 15 avril, arrive sur les chapeaux de roue "Une femme iranienne". Il traite d'une jeune femme chauffeur de taxi clandestine qui va être embarquée dans une drôle d'histoire au cœur de ce qui peut passer trompeusement comme un des pires tabous de la société du pays des mollahs.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

Une fatwa sur le transgenre

Premier film de la scénariste et réalisatrice iranienne Negar Azarbayjani, elle aborde pour la première fois dans son pays le sujet du changement de sexe dans cette république islamique réputée pour le puissance du tabou sur le sexe. Mais ce que l'on sait moins, c'est que lors de la révolution de 1979, l'Ayatollah Komeiny fit voter une fatwa en sa faveur, l'Etat pouvant aller jusqu'à prendre la moitié des frais d'opération.

"Une femme iranienne" : la bande-annonce

Comme son titre l'indique, "Une femme iranienne" traite de la féminité. C'est d'abord la rencontre entre deux êtres que tout oppose. Rana est traditionnaliste, mais doit transgresser la loi comme chauffeur de taxi. Adineh, elle, est issue d'une riche famille, dont le père, rigoriste veut la marier de force. Très masculine dans ses apparences, elle révèlera à sa conductrice, au terme d'un long périple qu'elle veut devenir un homme. Le rapprochement entre les deux ne sera pas aisé, mais il va s'affiner au fil des heures, puis des jours pour devenir indélébile.

Transgression

Une réelle ambigüité émane de Adineh (Shayesteh Irani), dans son physique androgyne et ses tenues vestimentaires viriles. Un rôle difficile tenu de mains de maître. A son côté, Rana (Ghazal Shakeri) ne démérite pas, plus fragile, elle semble comme un animal traqué. Ensemble, elles vont mettre à mal les codes. Etonnement, comme dans "Taxi Téhéran", le thème de ce mode de locomotion semble un révélateur de la transgression. Sans doute parce que toute la société téhéranaise semble s'y croiser, s'y confier, y pratiquer une catharsis.

Shayesteh Irani dans "Une femme iranienne" de Negar Azarbayjani

Shayesteh Irani dans "Une femme iranienne" de Negar Azarbayjani

© Outplay

L'écriture d'"Une femme iranienne" est des plus subtiles et des mieux amenées. Sa réalisation ne l'est pas moins. Construit en trois parties, la première s'apparente à un road movie, sur le mode d'une fuite ; la deuxième révèle les peurs, les terreurs mêmes, et la solitude de Adineh ; la troisième est une montée vers une résolution, où les sentiments et les aspirations, après une ultime épreuve vont se réaliser. Leur organisation et leur rythme sont de plus en plus ramassés, apportant une vraie dynamique au film. Une œuvre forte et inattendue, nouvelle démonstration de l'audace d'un cinéma iranien en constante mutation. 

Une femme iranienne
De Negar Azarbayjani (Iran), avec Ghazal Shakeri, Shayesteh Irani, Homayoun Ershadi – 1H42 – Sortie : 13 mai 2015

Synopsis : Bien que Rana soit une femme traditionnelle, elle est forcée de conduire un taxi à l'insu de sa famille pour rembourser la dette qui empêche son mari de sortir de prison. Par chance, elle rencontre la riche et rebelle Adineh, désespérément en attente d’un passeport pour quitter le pays et ainsi échapper à un mariage forcé. Les deux femmes vont s’aider mutuellement, mais Rana ignore qu’Adineh cache un lourd secret…