"Une femme douce", projeté à Cannes, surcharge une Russie sordide

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 13/08/2017 à 15H52
"Une femme douce" : photo du film avec Vasilina Makovtseva

"Une femme douce" : photo du film avec Vasilina Makovtseva

© Sergei Loznitsa - Slot Machine

Ecrit et réalisé par Sergei Loznitsa, "Une femme douce" est une seconde adaptation de la nouvelle "La Douce" de Dostoïevski, dont la première a été tournée en 1969 par Robert Bresson, avec Dominique Sanda. Trois longs métrages du cinéaste ukrainien ont été sélectionnés en compétition à Cannes : le premier "My Joy" en 2010 et le deuxième "Dans la brume" en 2012. Rebelote avec "Une femme douce" !

La note Culturebox

1
1/5

Laboratoire

Sergei Loznitsa reste fidèle à son style qui l’a fait reconnaître des sélectionneurs cannois depuis trois films : radical, politique et metteur en scène affirmé. Après, l’on accroche ou pas. Et c’est toute la qualité du festival de choisir des films représentatifs d’une recherche, comme un laboratoire de nouvelles approches du cinéma. Même si l’on n’adhère pas aux partis-pris de Sergei Loznitsa, on lui reconnaitra cette qualité de chercheur et d’intégrité.
"Une femme douce" : la bande annonce
Dans la noirceur générale de la compétition officielle qui caractérisa ce 70e Festival de Cannes, "Une femme douce" atteint des sommets. Durant les 2h23 du film, le réalisateur ukrainien dresse le portrait d’une Russie gangrenée par une corruption kafkaïenne, avec une charge effroyable. Une démonstration surchargée qui enfonce des portes ouvertes. Dans le registre, on a déjà donné et en beaucoup mieux : "Léviathan" du russe Andrey Zvyagintsev, Prix du scénario en 2014.

Les fangeux

A croire que Sergei Loznitsa règle ses comptes avec le différend (euphémisme) entre Moscou et Kiev (étant Ukrainien). Ce n’est qu’une succession de personnages fangeux, de décors décrépis, et de situations plus sordides les unes que les autres. Anonyme, la victime (Vaslina Makovtseva) de ce maelstrom lapidaire est cette femme douce, que les aléas de l’administration vont bringuebaler dans les neuf cercles de l’enfer. Même si le film ne se veut pas réaliste, elle en devient incrédible, tant elle se fait baguenauder à hue et à dia, sans réagir, s’enfonçant à chaque étape un peu plus.
"Une femme douce" de Sergei Loznitsa

"Une femme douce" de Sergei Loznitsa

© Sergei Loznitsa - Slot Machine
Rien ne nous est épargné du mépris des fonctionnaires bornés, des vautours se délectant d’avoir trouvé une proie : proxénètes, trafiquants, policiers sont tous mis à la même enseigne d’un système corrompu jusqu’à la moelle. Dans "Une femme douce" tout est excessif, de la durée des plans, interminables, à une séquence onirique que l’on identifierait à du Fellini de bas étage, jusqu’à une scène de viol pour couronné le tout comme cerise sur le gâteau. Bon appétit. La grande presse qui donne le La adore : tout va bien.
"Une Femme douce" : l'affiche

"Une Femme douce" : l'affiche

© Haut et Court

LA FICHE

Drame de Sergei Loznitsa (Ukraine, France, Pays-Bas, Allemagne, Russie, Lituanie), avec : Vasilina Makovtseva, Lia Akhedzhakova, Valeriu Andriuta - Durée : 2h22 
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Synopsis : Une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelques temps plus tôt à son mari incarcéré pour un crime qu’il n’a pas commis. Inquiète et profondément désemparée elle décide de lui rendre visite. Ainsi commence l’histoire d’un voyage, l'histoire d’une bataille absurde contre une forteresse impénétrable.