"Un Français" : un skinhead en quête de rédemption

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 11/06/2015 à 14H30, publié le 10/06/2015 à 12H48
Alban Lenoir dans "Un Français" de Diastème

Alban Lenoir dans "Un Français" de Diastème

© Mars Distribution

"Un Français", deuxième réalisation de Diastème a provoqué une grosse polémique sur les réseaux sociaux. Résultat : annulation de nombre d’avant-premières et réduction du nombre de salles accueillant le film, par peur de désordre à l’ordre public, vue la véhémence des réactions. Un climat délétère, alors que le film est porteur d’un message des plus positifs.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆


Chronique de la haine ordinaire

Les réseaux sociaux deviennent une plaie en France. Souvent pris d’assaut par l’extrême-droite, ses partisans ont dénoncé la violence du film à laquelle seraient réduits les skinheads, pour beaucoup sympathisants des partis fascisants. Comme si les crânes rasés revêtus de bombers étaient des "Oui-Oui à la plage". De ratonnades, en rixes de colleurs d’affiches, et autres jeux mortels, Marc (Alban Lenoir) participe avec ses potes à des violences racistes au quotidien.

"Un Français" : la bande-annonce

Diastème filme ses protagonistes au plus près, caméra portée. Un procédé courant, mais qui colle ici parfaitement au sujet, tant l'atmosphère est tendue. La violence est certes brutale et le sang coule, reflet de cette chronique de la haine au jour le jour. Les trois skinheads ne cherchent que le prochain conflit, ils guettent les étrangers dans les bars pour tout casser, un noir, un "Arabe" croisé dans la rue, des opposants affichistes… tout est prétexte pour en découdre. C’est la première partie du film.

"Un Français" de Diastème 

"Un Français" de Diastème 

© Mars Distribution


L’excès est insignifiant

Une rencontre avec un pharmacien opportun va être l’élément déclencheur chez Marc pour prendre ses distances. Diastème ne souligne pas l’impact de cet échange sur le skinhead, mais travaille plutôt le processus de l’intérieur. Débutant lors de la campagne de François Mitterrand pour un deuxième mandat et se terminant lors de la "manif pour tous" anti-mariage gay, le film suit un cheminement progressif sans lourdeur, avec un vieillissement des personnages très réussi. L’évolution est palpable. Parce que Marc prend le large, il sera considéré comme un traitre.


Comme toute réaction excessive est insignifiante, celles exprimées sur les réseaux sociaux n’ont pour objet que d’intimider, faire peur, comme tout discours d’extrême-droite. Réaliste, mais non naturaliste, "Un Français" est avant tout un message d’espoir démontrant que les engagements premiers ne sont pas irréversibles. Marc ne supporte plus le milieu dans lequel il évolue, qu’il soit violent, ou plus policé. C’est cette interaction entre un discours politique extrême et la violence qu’en déduisent certains sympathisants, que pointe le film. Diastème produit un récit équilibré. Les réactions qu’il suscite sont ridicules, et même nuisibles à un propos encourageant.  


Un Français

De  Diastème (France), avec : Alban Lenoir, Samuel Jouy, Paul Hamy, Olivier Chenille, Jeanne Rosa - 1h38 - Sortie : 10 juin 2015
Interdit aux moins de 12 ans

Synopsis : Avec ses copains, Braguette, Grand-Guy, Marvin, Marco cogne les Arabes et colle les affiches de l'extrême droite. Jusqu'au moment où il sent que, malgré lui, toute cette haine l'abandonne. Mais comment se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu'on a en soi ? C'est le parcours d'un salaud qui va tenter de devenir quelqu'un de bien.