Un "Boomerang" qui ne revient pas

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/09/2015 à 20H40, publié le 23/09/2015 à 20H34
Laurent Lafitte dans "Boomerang" © UGC Distribution

Dans "Boomerang", adapté du roman de Tatiana de Rosnay, Antoine (Laurent Lafitte), se rend à Noirmoutier, l'île où il a passé son enfance, en quête d'un douloureux secret familial. Porté par la ferveur du jeu de l'acteur, ce film construit comme un polar reste toutefois sans grande surprise.

La note Culturebox

2
2/5
Décidément, le Boomerang ne se presse pas beaucoup pour revenir. François Favrat, après "Le Rôle de sa vie" et "La Sainte Victoire", a apparemment décidé de prendre son temps. Tout son temps. Celui de poser ses personnages en oscillant perpétuellement entre thriller et exploration humaine, polar et analyse psychanalytique.
 
Laurent Lafitte, campe le rôle d'Antoine, quadragénaire hypocondriaque, père célibataire de deux enfants, soudainement hanté par l'étrange disparation de sa mère, 30 ans plus tôt. Face à lui, sa sœur Agathe (Mélanie Laurent), croulant sous le boulot qui préfère fermer les yeux et un père mutique, irascible et colérique joué par Wladimir Yordanoff.

Des acteurs au service de l'intrigue

De ces acteurs, le réalisateur parvient à tirer grand profit. Laurent Lafitte, livre une prestation à la fois forte, fiévreuse et pleine de nuances. Complètement paumé, il sait dans le même temps où il veut aller, quitte pour cela à perdre les gens qu'il aime. Ceux-là même qu'on est obligé d'aimer. Confronté à ce mur du silence familial qu'il se doit d'abattre, Angèle (Audrey Dana), en bouleversante amazone juchée sur sa Harley, fera tout pour l'y aider.
 
Le réalisateur prend aussi le temps du cadrage et de la lumière pour filmer le lieu de l'intrigue qui se pare alors de quelques tons hitchcockiens. Il y a quelque chose de la maison de M.Townsend dans cette ancienne propriété familiale de Noirmoutier comme suspendue à la falaise. Là où les flashbacks, assez subtilement amenés, viennent donner une réelle profondeur à la quête d'Antoine. Quelque chose d'inquiétant et d'envoûtant. Mais cette fois, ce n'est pas la mort qui est aux trousses du héros mais bien lui qui va la faire remonter à la surface. Et elle ne va pas peut-être pas tarder à lui sauter au visage.

Une quête aussi salvatrice que destructrice

Enfin, pas tarder, c'est beaucoup dire, tant cette intrigue s'étire paresseusement. S'appuyant peut-être trop fidèlement sur la solide trame romanesque du récit de Tatiana de Rosnay (et on peut le comprendre après le succès de la transposition sur grand écran d'"Elle s'appelait Sarah"), François Favrat semble bien ne jamais parvenir à s'en détacher. Les questions soulevées s'enchaînent, sans vraiment se renouveler et on a assez de mal à vibrer au gré des quelques réponses trouvées par le héros.
 
On se laisse malgré tout porter par cette quête tout aussi salvatrice que destructrice. Et ce jusqu'au dénouement, convaincant et maitrisé, mais loin de l'apothéose apparemment souhaité.
Drame de François Favrat – Avec Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, Audrey Dana et Wladimir Yordanoff. Durée : 1h41 – Sortie : 23 septembre 2015

Synopsis : Boomerang : nom masculin, arme de jet capable en tournant sur elle-même de revenir à son point de départ… En revenant avec sa sœur Agathe sur l’île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait pas combien le passé, tel un boomerang, se rappellerait à son souvenir. Secrets, non-dits, mensonges : et si toute l’histoire de cette famille était en fait à réécrire ? Face à la disparition mystérieuse de sa mère, un père adepte du silence et une sœur qui ne veut rien voir, une inconnue séduisante va heureusement bousculer la vie d’Antoine.