"The Witch" : film sorcier pas très catholique

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 15/06/2016 à 09H57
Anya Taylor Joy dans "The Witch" de Robert Eggers

Anya Taylor Joy dans "The Witch" de Robert Eggers

© Universal Pictures

La sorcellerie a ses classiques au cinéma : "Häxan" (1921, Benjamin Christensen), "Les Sorcières de Salem" (1957, Raymond Rouleau), "Le Grand inquisiteur" (1968, Michael Reeves), "Les Diables" (1971, Ken Russel), "Suspiria" (1977, Dario Argento)… Robert Eggers, dont "The Witch" est le premier film, sort des sentiers battus, en s’inspirant des contes et des procès en sorcellerie.

La note Culturebox

4
4/5

Ceci n’est pas un film d’horreur

Rares sont les films sur les débuts de la colonisation nord-européenne du Nouveau monde au XVIIe siècle. "The Witch" se situe en 1630, soit dix ans après l’abordage historique du Mayflower, en 1620, sur la côte nord-américaine, futur Massachussetts. Dans ces contrées sauvages, peuplées d’Indiens païens, les premiers colons, luthériens persécutés par les catholiques en Europe, dévots et puritains, vont renforcer leur foi religieuse, comme un bouclier dans ce milieu hostile. C’est à cette époque héroïque que fleurissent de nombreux contes populaires, dont émerge la figure de la sorcière - emblématique de la fête d’Halloween - mais aussi des procès en sorcellerie, dont le plus célèbre demeure celui de Salem, en 1692.
"The Witch" : la bande annonce (VF + VOSTF)

"The Witch" est estampillé à tort "film d’horreur". Fantastique, d’épouvante, oui, mais rien d’horrifique dans le long métrage de Robert Eggers. Cela provient sans doute de la traduction littérale de "horror film" qui n’a pas le même sens dans les pays anglo-saxons, où la formule qualifie tout film fantastique. Réaliste serait même un registre plus juste, tant la mise en scène s’attache à reconstituer au taquet le mode de vie des premiers colons américains. Une vie spartiate, dans une ferme construite de bric et de broc, dédiée à l’élevage de quelques chèvres et à la culture d’un carré de maïs soumis à un climat défavorable. A proximité, la forêt est inquiétante, interdite, objet de tous les fantasmes et lieu de résidence d’une hypothétique sorcière, source de tous les maux.

Fantastique réaliste

Dévote, la famille est d’autant plus propice à voir le diable partout. Quand le bambin dernier né disparait, la cause ne peut en être imputée qu’à la sorcière, avec la complicité d’un des enfants, notamment Thomassin (Anya Taylor Joy), l’aînée qui en avait la garde. Puis les jumeaux deviennent suspects. Tant et si bien que l’harmonie familiale éclate, tout le monde devient potentiellement dangereux. Les sorciers et sorcières s’abreuvent de la souffrance et des malheurs des autres. Robert Eggers ne joue pas de l’ambiguïté entre réel et surnaturel. La sorcellerie du film est bien concrète. Parce qu’elle fait partie de la vie, comme le prouve les scènes où évolue la sorcière hors la présence des colons. Ou la violence du bouc noir, figure du diable dans la tradition populaire et occulte. Quant à la résolution finale, elle accrédite les forces obscures.

"The Witch" de Robert Eggers

"The Witch" de Robert Eggers

© Universal Pictures

"The Witch" relève d’un fantastique réaliste, comme il y a un réalisme poétique. Robert Eggers fait preuve d’une approche quasi documentaire de son sujet. On regrettera toutefois de petites incohérences : les motifs religieux qui bannissent la famille de la colonie lors d’un procès au début du film (excès de zèle ?), et la présence d’un bouc noir dans le cheptel. Un dévot comme William (Ralph Ineson) n’accepterait sans doute jamais un tel animal sous son toit, vue sa réputation diabolique. Peu de choses, au regard d’un film très étrange et envoûtant comme un sort. 

"The Witch" : l'affiche

"The Witch" : l'affiche

© Universal Pictures

La fiche film
Fantastique de Robert Eggers (Etats-Unis) - Avec : Anya Taylor Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie, Harvey Scrimshaw - Durée : 1h33 - Sortie : 15 juin 2016
Synopsis : 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…