"The Voices" : Marjane Satrapi horrifiante et hilarante

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 09/03/2015 à 14H25, publié le 09/03/2015 à 13H51
Ryan Reynolds et Gemma Erterton dans "The Voices" de Marjane Satrapi

Ryan Reynolds et Gemma Erterton dans "The Voices" de Marjane Satrapi

© Le Pacte

Si Marjane Satrapi poursuit la mise en œuvre de projets iconoclastes avec "The Voices", ce quatrième long métrage de sa filmographie renvoie en filigrane à "Donnie Darko" (2001, Richard Kelly), par l'évocation d'un schizophrène, et à la série "Dexter" par l'apparent angélisme d'un tueur en série. Le tout entre film horrifique et comédie noire décapante : mieux vaut être averti…

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

De Marjane Satrapi (Etats-Unis), avec : Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Ella Smith  - 1h49 - Sortie : 11 mars 2015
Interdit aux moins de 12 ans

Synopsis : Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona - la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire - du moins tant qu’il prend ses médicaments. Dans le cas contraire, il entend son chat le pousser au meurtre, alors que son chien, placide, essaye de le retenir... 
"The Voices" : la bande-annonce


Les voix de l'esprit

Premier film américain (coproduit par l'Allemagne) de Marjane Satrapi, c'est la production qui a soumis le scénario de Michael R. Perry ("Paranormal Activity 2") à la cinéaste. S'il tranche (c'est le cas de le dire) avec ses précédents films par sa violence, il reste cohérent avec sa tendance à traiter des sujets hors du commun et une tonalité bien à elle. Ainsi son sujet autour d'un schizophrène accouche d'un film lui-même schizophrène, passant constamment de la comédie à l'horreur, tout en parvenant à rendre son tueur en série sympathique et gaffeur.

Satrapi a trouvé en Ryan Reynolds (vu récemment dans "Captives" d'Atom Egoyan) l'interprète idéal pour son  personnage de Jerry : visage lisse, avenant, transpirant une gentillesse naïve… Derrière cet angélisme de façade se dissimule un grand malade, sous l'emprise verbale de son chat "Monsieur Moustache" et de son chien Bosco. Le premier n'a de cesse de le provoquer, l'insulter, le pousser au crime, avec un langage ordurier, le second déborde d'amour pour son maître. Devinez qui va prendre le dessus ?...
 

Ryan Reynolds et Gemma Arlerton dans "The Voices" de Marjane Satrapi

Ryan Reynolds et Gemma Arlerton dans "The Voices" de Marjane Satrapi

© Le Pacte


Des têtes dans le frigo

"The Voices"  déborde d'énergie et d'inventivité. La grande idée du film est d'exposer cette histoire de fou du point de vue de Jerry. Nous voyons ce qu'il voit et entendons ce qu'il entend. Dans son univers, tout est propre, aseptisé, rangé. Son appartement est "nickel". Mais il apparaît sous un tout autre jour, s'il prend ses médicaments, qu'il boycotte la plupart du temps. La réalité est alors tout autre, les murs sont maculés du sang de ses victimes, alors que des boîtes ensanglantés contenant les membres dépecés s'alignent contre les murs… Même chose quand un intrus se glisse dans la maison et que le désastre est vu de ses yeux.

Comédie macabre, "The Voices" déborde d'un humour grinçant, notamment dans les provocations verbales du chat "Monsieur Moustache". Mais aussi dans les dialogues entre Jerry et les têtes décapitées, bien proprettes, maquillées et coiffés de ses victimes, conservées dans son frigo, alors qu'elles sont recouvertes d'hématomes et ensanglantées quand l'on revient à la réalité. Marjane Satrapi parvient au parfait équilibre, sans toutefois s'appesantir sur les meurtres en eux-mêmes, mais leurs conséquences, n'hésitant pas à filmer plus d'un plan "gore". La cinéaste démontre une fois de plus ses talents de metteur en scène en prenant le risque d'un sujet où on ne l'attendait pas.