"The Go-Go Boys" : un doc passionnant sur l'épopée Golan et Globus

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/10/2014 à 17H11, publié le 20/10/2014 à 18H06
Yoram Globus et Menahem Golan 

Yoram Globus et Menahem Golan 

© Paradis Films

Projeté à Cannes et à Deauville, "The Go-Go Boys" d'Hilla Medalia, le titre reprend le surnom donné à Menahem Golan, et Yoram Globus, deux cousins israéliens devenus producteurs à Hollywood et patrons de la "Cannon Films". Ils ont plus de 300 films à leur actif : de nombreux nanars et quelques oeuvres signées de grands noms du 7e art

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

Documentaire de Hilla Medalia (Israël), avec Menahem Golan, Yoram Globus, Sylvester Stallone, Jon Voight, Charles Bronson, Chuck Norris, Michael Dudikoff, Andrei Konchalovsky - 1h30 - Sortie : 22 octobre 2014

Synopsis : L'histoire des studios Cannon vue de l'intérieur est un documentaire retraçant l'épopée de Menahem Golan and Yoram Globus, qui dans leur poursuite du rêve Américain ont révolutionné Hollywood, produisant plus de 300 films et devenant la société de production indépendante la plus puissante au monde. Ce film explore la relation complexe entre deux personnalités opposées, dont la combinaison a été à la fois le moteur de leur succès et la raison de leur chute. 
"The Go-Go Boys" : la bande-annonce
Les premiers films professionnels de Menahem Golan et Yoram Globus sont tournés chez eux, en Israël, où ils finissent par rencontrer le public et remporter des prix.

Mais rapidement les deux cousins, l'aîné Menahem Golan et son cadet Yoram Globus, regardent vers l'Amérique. Ils rachètent alors la Cannon Films, une société indépendante, et vont la transformer pour partir à l'assaut d'Hollywood. C'est à elle que l'on doit la découverte de monuments du cinéma tels que Jean-Claude Van Damme, Michael Dudikoff et Chuck Norris. Leurs films sont alors des récits d'aventures pleins de bagarres, de cascades, de coups de feu et de jeune filles pas trop frileuses. Ils réalisent certains des films.

Golan et Globus ne chôment pas. Le premier transforme en productions ce que le second apporte en financement. Golan dépense les sommes que le second réunit. Ils ne sont pas exigeants d'ailleurs : chacun de leurs films coûte un dixième des productions d'alors et les leurs s'enchaînent, par dizaines. Evidemment, la qualité s'en ressent. Et même si Menahem Golan refuse de parler de ses échecs, la piètre qualité, par exemple, d'un Superman IV aux effets spéciaux dignes d'un Ed Wood, et son échec financier doivent beaucoup à ces budgets étriqués. Dans une interview à l'humour spontané Golan explique d'ailleurs qu'avec un budget "normal", il se ferait l'impression d'un voleur et d'un escroc. "Je ne saurais pas quoi faire d'un si gros budget !".
Extrait de "Revenge of a Ninja"
La "Cannon Films" tient le coup malgré tout, les deux cousins israéliens se mettent à rêver de reconnaissance. Et ils l'obtiennent. Ils décrochent des récompenses et produisent les films de vrais créateurs tels que Jean-Luc Godard (pour un "Roi Lear" qui ne sortira jamais en France), Robert Altman, Andreï Konchalovski et John Cassavetes. Dans un autre extrait d'interview hilarant, Golan explique qu'aux Taiwanais qui voulaient lui acheter un film de série avec un Bronson vieillissant dans ses rôles de justicier, il imposait d'abord ses films d'auteurs. Bronson, oui, mais d'abord Altman ! 
La bande annonce de "Love Streams" de John Cassavetes 1977
La Cannon s'est si bien implantée aux Etats-Unis qu'elle finit par racheter la Metro-Goldwin-Mayer. Les Go-Go boys sont devenus, à leur tour et avec un décalage dans le temps, deux de ces nababs qui ont fait Hollywood. La consécration pour les deux petits gars qui ont démarré avec rien en poche en Israël. Les patrons de la Cannon sont à cette époque accueillis en rois du monde sur la Croisette. Golan, encore lui, affirme alors qu'il compte les années d'un festival de Cannes à l'autre.

Mais la Cannon, et Menahem Golan, finiront par avoir les yeux plus grands que le ventre et signeront leur fin en tentant d'ajouter EMI à leur empire. Ils ne pourront jamais payer les engagements signés pour le rachat de la célèbre firme phonographique britannique.

La Cannon explose, les deux cousins "divorcent", le prodigue Golan reste seul quand Globus, plus sage en apparence, convole avec un producteur italien. Mais l'Israélien tombe de haut quand ce financier, aux fonds apparemment illimités, est arrêté pour blanchiment d'argent de la mafia…
Menahem Golan et Yoram Globus 

Menahem Golan et Yoram Globus 

© Paradis Films
Le documentaire d'Hilla Medalia ne laisse rien de côté. On y suit bien sûr l'aventure entrepreneuriale des deux Go-Go boys, on y lit en parallèle un pan de l'histoire relativement méconnu du cinéma des années 70 et 80, mais l'intime n'est pas oublié. Et la famille des deux associés est là pour dire ce que la Cannon a coûté à ces femmes, ces enfants qui se sont sentis délaissés. On saisit par petites touches l'intensité des liens qui unissaient les cousins. Le terme de divorce, qu'ils utilisent eux-mêmes, n'est pas trop fort. Le duo qu'ils formaient a vécu les drames et les enchantements d'un couple. les projets, les réussites et les échecs d'une union. Et si la séparation a été une vraie souffrance pour les deux, les retrouvailles en toute fin de film, quand ils sont réunis par la documentariste dans une salle de cinéma fait plaisir à voir. Une sorte de happy end où les deux hommes âgés évoquent de nouveaux projets à mener ensemble.

Menahem Golan ne verra pas la sortie du documentaire. Il est mort le 8 août 2014 à Jaffa.

S'il n'existait déjà, Hilla Medalia a inventé le documentaire burlesque. En réalisant "The Go-Go Boys, The inside story of Cannon Flms", ce portrait de Menahem Globus et Yoram Golan à partir de documents d'archives et d'interviews accordées spécialement pour ce film, elle illustre le destin tout à fait hors du commun de ces deux cousins israéliens armés du fameux humour juif qui fonctionne si bien au cinéma.