"The East" : thriller d'espionnage écologique édifiant

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 10/07/2013 à 15H20
"The East" de  Zal Batmanglij

"The East" de  Zal Batmanglij

© Twentieth Century Fox France

Deuxième collaboration entre l'actrice Brit Marling, également scénariste, et le réalisateur Zal Batmanglij - après "Sound of My Voice" (2011) -, "The East" est un formidable film d'espionnage autour des groupes d'activistes écologistes, dénonciateurs des profits industriels, au détriment de l'environnement et de la santé.

De Zal Batmanglij (Etats-Unis/Grande-Bretagne), avec : Brit Marling, Alexander Skarsgård, Ellen Page - 1h57 - Sortie : 10 juillet 2013

Synopsis : Ancien agent du FBI, Sarah Moss travaille désormais pour une agence de renseignement privée qui protège les intérêts de puissants hommes d’affaires. Elle reçoit pour mission d’infiltrer The East, un mystérieux groupuscule éco-terroriste qui s’attaque aux multinationales coupables de dissimuler leurs agissements criminels. Déterminée, ultra entraînée, Sarah parvient à s’intégrer au groupe malgré leur méfiance, et doit même participer à leur prochaine action. Mais plus elle vit avec les membres passionnés de The East, en particulier Benji, l’anarchiste, plus elle se sent écartelée entre les deux mondes et s’interroge sur elle-même…
"The East" : la bande-annonce
In vivo
La collaboration de Brit Marling et Zal Batmanglij est allé jusqu’à vivre l’expérience du groupe d’activistes écologistes du film. Durant deux mois, ils se sont mis en marge de la société, vivant à la belle étoile, dans des squats et se nourrissant de déchets trouvés dans les poubelles. Ils ne prévoyaient pas au départ en déduire un long métrage. Ce n’est qu’après coup qu’ils décidèrent d’écrire à quatre mains un scénario mettant en scène un groupe d’écologistes vivant par conviction dans ces conditions anti-consommationnistes. Le film y gagne en authenticité, au cœur d’un pamphlet doublé d’un thriller des plus efficaces.  

« The East » ne se veut pas pour autant un film revendicatif, politique, en faveur des thèses écologistes. C’est avant tout un divertissement liant espionnage, action et amour, en posant les dilemmes face auxquels sont confrontés les personnages. Que feriez-vous si votre père avait participé sciemment à une entreprise polluante ayant entraîné la mort de plusieurs personnes ? Même question à propos d’un laboratoire pharmaceutique dont un médicament à provoqué le décès de plusieurs patients. Sarah Moss (Brit Marling), elle, est tentée de changer de camp quand elle infiltre le groupe d’activistes : c’est tout le dilemme du film.
Brit Marling Alexander Skarsgård dans "The East" de Zal Batmanglij

Brit Marling Alexander Skarsgård dans "The East" de Zal Batmanglij

© Twentieth Century Fox France
Le radicalisme en équation
La mise en scène de Zal Batmanglij préfère coller à son sujet en jouant la carte du réalisme, plutôt que multiplier les effets. Il ne rechigne pas moins à insuffler une bonne dose de suspense et de sentiments lorsque ses protagonistes sont en mission de réprimande contre leurs cibles, ou bien lors des discensions qui se font jour au sein du groupe. Les méthodes employées dans le premier cas reposent sur l’anathème « œil pour œil, dent pour dent », consistant à faire subir aux responsables les mêmes dommages qu’à leurs victimes : leur injecter un médicament aux effets secondaires radicaux, où les plonger dans des eaux polluées mortelles…

Si la méthode est radicale, le film n’en fait pas l’apologie. « The East » met ses personnages face à leur activisme, tous pesant le pour et le contre, en retournant la question vers le spectateur. Original et intelligent dans son approche, le film met également en perspective les nouveaux champs d’action de l’espionnage contemporain. Il met enfin en équation ce que l’on pourrait définir comme un syndrome de Stockholm appliqué à ce domaine d’investigation, quand l’espion prend parti pour ceux qu’il espionne, avec une belle pirouette finale. A voir.