"The Best Offer" : un inestimable Geoffrey Rush mis aux enchères

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 16/04/2014 à 17H25, publié le 16/04/2014 à 16H49
Geoffrey Rush dans "The Best Offer" de Giuseppe Tornatore

Geoffrey Rush dans "The Best Offer" de Giuseppe Tornatore

© Warner Bros. GmbH

Cela faisait des lustres que l'Italie n'avait pas eu un film d'envergure internationale. C'est chose faite, avec "The Best Offer" de Guiseppe Tornatore ("Cinema Paradiso", "La Légende du pianiste sur l'océan"…) qui en signe à la fois le scénario original et la mise en scène. Un thriller psychologique énigmatique romanesque et de très belle facture.

De Giuseppe Tornatore (Italie), avec :  Geoffrey Rush, Jim Sturgess, Sylvia Hoeks, Donald Sutherland - 2h11 - Sortie : 16 avril 2014

Synopsis : Virgil Oldman est un commissaire priseur de renom. Véritable institution dans le milieu de l'art et misogyne assumé, il n'a de relation intime qu'avec la collection de tableaux qu'il a su constituer secrètement au cours des années. Personne ne le connaît vraiment, même pas son vieil ami marchand d'art Billy. Lorsqu'une cliente lui demande une expertise mais n'accepte de lui parler qu'au téléphone, Virgil est piqué de curiosité et ne peut se résoudre à laisser tomber l'affaire. Quand il la voit pour la première fois il tombe violemment sous son charme...
"The Best Offer" : la bande-annonce

Le suspense d'un Gialo
Le partenariat avec Warner n'est sans doute pas pour rien dans cette réussite, le studio américain promettant une distribution mondiale. Le casting emmené par les britanniques Geoffrey Rush, Jim sturgess et la néerlandaise Sylvia Hoeks confirme ces ambitions internationales. Elles sont renforcées par un scénario très malin faisant intervenir le monde de plus en plus fascinant auprès du public des ventes aux enchères, une intrigue pleine de mystères presque à la Dan Brown, et un mélodrame entre un homme vieillissant et une jeune femme.

Beaucoup d'ingrédients donc, dont la sauce prend merveilleusement bien dès l'ouverture du film, grâce à un Geoffrey Rush campant un commissaire priseur vedette, Virgil Oldman, maniéré, antipathique, hygiéniste, mais chez qui l'on sent d'emblée une faille. Elle émane dans un premier temps de sa passion absolue pour l'art, qu'il entretient grâce à un complice (Donald Sutherland), avec lequel il acquiert des tableaux inestimables lors de ses ventes. L'arnaque est assez belle, et la rencontre entre les deux acteurs savoureuse. Vient ensuite l'installation de l'intrigue, très bien amenée, par cette relation téléphonique à répétition entre une riche héritière et le commissaire priseur. Très mystérieuse et houleuse, elle renvoie quasiment au gialo italien, cette émanation transalpine de la série noire française (que Mario Bava et Dario Argento exploiteront au cinéma). Du suspense donc, que Tornatore entretient fort bien en agrémentant son propos de la très belle idée de pièces mécaniques découvertes, telles celles d'un puzzle, qui s'avèreront celles d'un automate du XVIIIe siècle…

Geoffrey Rush dans "The Best offer" de Giuseppe Tornatore

Geoffrey Rush dans "The Best offer" de Giuseppe Tornatore

© Warner Bros. GmbH

Mécanique et machination
Le mystère s'épaissit et se teinte d'ésotérisme, sur lequel s'ébauche une histoire passionnelle née de la frustration du commissaire de ne jamais pouvoir rencontrer sa riche cliente, en raison d'une maladie rare, l'agoraphobie. "The Best Offer" suscite dans toute cette partie un plaisir narratif absolument jubilatoire, tant l'on est intrigué, tout en déployant une luxuriance d'images magnifiques déduites du monde de l'art dans lequel il évolue. Les salles des ventes, la pinacothèque secrète de Virgil Oldman, où s'empilent du sol au plafond les plus beaux portraits de femmes de l'histoire de l'art, son hôtel particulier, et cette intrigante villa, aux richesses antiques incommensurables, qui se délabre, telle la Maison Usher d'Edgar Poe.

Le récit n'est pas dénué de petites incohérences, minimes, mais cela participe aussi du charme, l'esprit cherchant à combler des vides. La deuxième partie est un peu plus prévisible, mais non dénuée d'intérêt, avec ses portes secrètes, ses coups de théâtres et cet intriguant automates qui n'en finit pas de se construire. Mécanique et machination, ce qui va de pair, abreuvent pour beaucoup le film, jusqu'a une fin au décor splendide. L'étrange histoire d'amour qui évolue entre un viel homme et une jeune femme n'en est pas moins la pierre d'angle du récit. Au bout d'un moment, les choses vont si bien que l'on sent bien leur revers pointer à l'horizon. Leur tournure n'est cependant pas moins habile que le reste, surtout lors d'une fin qui ne manque pas d'entretenir encore certains mystères. "The Best offer", joue d'un très beau romanesque, à la mise en images somptueuses, et à l'interprétation remarquable. Une très belle offre.