"Tess" : le chef-d'oeuvre de Polanski avec Nastassja Kinski ravivé

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 05/12/2012 à 16H25
Nastassja Kinski dans "Tess" de Roman Polanski

Nastassja Kinski dans "Tess" de Roman Polanski

© Pathé Distribution

Avec le numérique, la restauration de films est totalement différente de ce qu'elle était par le passé. Elle offre une qualité de l'image et du son qui redonnent désormais véritablement une seconde vie aux œuvres. Et le public ne s'y trompe pas qui court voir les restaurations de "La Grande illusion" ou des "Enfants du paradis". "Tess" de Roman Polanski, qui révéla Nastassja Kinski en 1979, en est la dernière preuve éclatante : à voir et revoir en boucle.

De Roman Polanski (France/Grande-Bretagne), avec : Nastassja Kinski, Peter Firth, Leigh Lawson - 2h51 - Reprise : 5 décembre

Synopsis : Angleterre, XIXe siècle : jeune paysanne, Tess devient l'amant d'un riche propriétaire qu'elle enceinte. Perdant son enfant, il se place dans une laiterie où elle rencontre Angel avec lequel elle se marie. Arprenant son passé, il la quitte, la jeune femme tombant dans la déchéance avant de retrouver son ex-amant...
 

De Roman Polanski (France/Grande-Bretagne), avec : Nastassja Kinski, Peter Firth, Leigh Lawson - 2h51 - Reprise : 5 décembre   Lire la critique

Mélodrame flamboyant
Peu avant d’être assassiné en 1969 par la « famille » Manson, Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, lui avait offert « Tess d’Uberville »de Thomas Hardy, roman victorien qu’elle considérait comme son livre de chevet et qu’elle lui conseillait vivement d’adapter. Dix ans après sa mort prématurée et tragique, Polanski en tirait une version remarquable avec une jeune actrice dans le rôle-titre promise à une carrière de star : Nastassja Kinski.

Le film ne se fit pas sans mal. Tournée en France, alors qu’il traduit à merveille la campagne anglaise - lieu de l’action originelle –, sur les quatre saisons de l’année, il subit les pires intempéries et faillit ruiner son producteur, qui y laissa quelques plumes : Claude Berri. En 1979, le film fut un échec financier, mais sa réputation ne cessa de grandir, grâce aux amoureux de ce grand film à la facture classique, mélodrame flamboyant aux images dignes de toiles de maître, à l’interprétation subtile, la reconstitution sublime et la narration implacable.

Nastassja Kinski dans "Tess" de Roman Polanski

Nastassja Kinski dans "Tess" de Roman Polanski

© Pathé Distribution

Pastorale préraphaélite
Sa restauration visible aujourd’hui renforce encore plus les convaincus de naguère. La numérisation renforce la teneur colorée du film qui semble encore plus beau qu’à l’origine. Nombre de scènes, surtout dans sa première partie pastorale, renvoient aux tableaux préraphaélites, contemporains de l’époque du film, notamment John Everett Millais, ou encore à Thomas Gainsborough, du XVIIIe siècle anglais, et John Singer Sargent dans la peinture de la grande bourgeoisie et les plus belles robes que porte Nastassja Kinski.

Rarement l’image atteint au cinéma un tel sommet, surtout quand elle est en symbiose parfaite avec un récit si bien agencé, romanesque en diable, émouvant au possible, à l’interprétation sans faille, sur une musique merveilleuse signée Philippe Sarde, avec lequel Polanski travailla à plusieurs reprises. « Tess » est une gemme parfaite, ciselée avec amour et dévotion, un des plus beaux films de ces cinquante dernières années, que le cinéaste dédia à son épouse défunte : « A Sharon ». Beau à pleurer.