"Tempête de sable", le regard d'une réalisatrice israélienne sur la femme musulmane

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 24/01/2017 à 15H02, publié le 24/01/2017 à 14H20
 Lamis Ammar dans "Tempête de sable" d'Elite Zexer

 Lamis Ammar dans "Tempête de sable" d'Elite Zexer

© Vered Adir

Grand prix du jury du Festival du Cinéma Indépendant de Sundance, "Tempête de sable" est le premier long métrage de l’Israélienne Elite Zexer, par ailleurs récompensée dans de nombreux festivals pour ses courts. Son film s’inscrit dans la mouvance du décryptage de la société musulmane, et comme nombre d’entre eux donne un point de vue de femme sur un monde dominé par le machisme et les traditions.

La note Culturebox

3
3/5

Moyen-âge contemporain

Elite Zexer filme quasiment un huis-clos en condensant son action dans un village bédouin dont on ne sort pas, et qui ressemble plus à un bidonville qu’à un véritable lieu de résidence. Le film évoque les conditions de vie d’habitants que l’on croirait abandonnés par Israël, même si la réalisatrice n'accuse pas l'Etat hébreux d'en être responsable. Elle évoque plus un moyen-âge contemporain aux mentalités tout aussi arriérées.
"Tempête de sable" : la bande annonce

Layla (très touchante Lamis Ammar) va pourtant à l’université de la grande ville toute proche. C’est bien ce qui pose problème. Elle est la seule dans le village à suivre des études, et si elle fait la fierté de son père, cela déplaît au plus grand nombre et est source de conflit. Elle divise les villageois, comme sa famille, très ancrés dans les traditions et notamment l’exclusion des filles de la scolarité. Même Suliman, le père, va en pâtir, puisque c’est à l’université que Leyla a rencontré l’homme qu’elle aime, étranger à "la tribu", qu'elle voudrait épouser, alors qu'un membre de la communauté lui est destiné.

Reportage romanesque

L’amour impossible est un thème romanesque classique. L’histoire de Roméo et Juliette est de tous les temps et se répète. "Tempête de sable" s’inspire plutôt de faits observés par Elite Zexer lors d’un reportage photographique effectué parmi les populations bédouines d’Israël. Ce qu’elle reconstitue dans son film, elle l’a vu. C’est pourquoi son film prend la forme d’un reportage filmé caméra portée, privilégiant ainsi le réalisme sans nier le romanesque, avec des acteurs professionnels et non professionnels, totalement impliqués.  

"Tempête de sable" de Elite Zexer

"Tempête de sable" de Elite Zexer

© Vered Adir

L’on est touché, concerné par cette situation, que l’on connaît d’avance pour beaucoup, mais qui s’avère ici un cas d’école édifiant. Toutefois, le procès de la société musulmane à travers le sort des femmes, si elle vaut toujours d’être évoquée, est trop systématique au cinéma. Le récent "Hedi" faisait un état des lieux de la Tunisie post-printemps arabe, à travers un mariage arrangé, visait un jeune homme, avec une force et une sensibilité remarquables. Elie Zexer n’en démontre pas moins son talent de cinéaste en faisant passer un message qui se doit d’être asséné. 

"Tempête de sable" : l'affiche française

"Tempête de sable" : l'affiche française

© Pyramide Distribution

LA FICHE

Drame d'Elite Zexer (Israël), Avec : Lamis Ammar, Ruba Blal, Hitham Omari, Khadija Alakel, Jalal Masrwa - Durée : 1h27 - Sortie : 25 janvier 2017

Synopsis : Les festivités battent leur plein dans un petit village bédouin en Israël, à la frontière de la Jordanie : Suleiman, déjà marié à Jalila, épouse sa deuxième femme. Alors que Jalila tente de ravaler l’humiliation, elle découvre que leur fille aînée, Layla, a une relation avec un jeune homme de l’université où elle étudie. Un amour interdit qui pourrait jeter l’opprobre sur toute la famille et contre lequel elle va se battre. Mais Layla est prête à bouleverser les traditions ancestrales qui régissent le village, et à mettre à l'épreuve les convictions de chacun.