"Sur quel pied danser" : une comédie musicale et sociale dans l'air du temps

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 06/07/2016 à 10H25
"Sur quel pied danser" de Paul Calori et Kostia Testut

"Sur quel pied danser" de Paul Calori et Kostia Testut

© Loin derrière l’Oural

L'origine de "Sur quel pied danser" remonte à une première collaboration entre les réalisateurs Paul Calori et Kostia Testut sur le court métrage "Le Silence des machines", à propos d'une usine délocalisée. Développé en long métrage, le résultat, sur un sujet de société grave et d'actualité, donne un film pétillant, dans la ligne de Jacques Demy, sans s'y réduire pour autant.

La note Culturebox

4
4/5

La révolution en chantant

Social et comédie musicale ont rarement flirté ensemble. On se souvient de la scène de manifestation inaugurale de "Une Chambre en ville" (1982) de Jacques Demy, ou "Pique-nique en pyjama" (1957) de George Abbott et Stanley Donen, où un nouveau directeur d'usine de confection s'amourache d'une de ses ouvrières. "Sur quel pied danser" voit Julie (Pauline Etienne) enfin décrocher un CDI dans une usine d'escarpins de luxe, alors que le patron pense délocaliser en Chine. Les ouvrières entrent en conflit. Pourquoi ne pas faire la révolution en chantant ?
"Sur quel pied danser" : la bande annonce

Etonnant de constater combien le thème social passe merveilleusement bien par la chanson et la danse. Cette harmonie résulte de la qualité de l'écriture musicale, des textes, des chorégraphies et le glissement entre les parties de pure comédie auxquelles succèdent les séquences chantées et chorégraphiées. Un talent de mise en scène fluide et cohérent étonnamment mis en œuvre dans les lieux-mêmes d'une usine de chaussures délocalisée, à Romans (Isère), véritable capitale régionale de la filière.

Pluralité harmonieuse

Paul Calori et Kostia Testut ont tenu a faire appel à plusieurs auteurs pour les chansons, afin de jouer d'une diversité de tons reflétant chaque personnage ou le groupe, quand il s'agit des ouvrières. Olivier Daviaud ("Jack et la mécanique du cœur", "Le Chat du Rabin", "Gainsbourg, vie héroïque"…) a composé la musique, ainsi qu'Albin de la Simone (Miossec, Vanessa Paradis, Souchon…) Les textes sont signés Polo Pierre Lamy, Clarika et Jean-Jacques Nyssen, ou Olivia Ruiz. Cette  pluralité n'enlève rien à l'unité d'ensemble, l'écriture étant peaufinée, loin de toute caricature. On pense à la collaboration Alex Beaupin-Christophe Honoré. Les chorégraphies de Nasser Martin-Gousset, très dynamiques, fluides, extrêmement soignées participent d'un sujet entièrement tourné vers l'action.

Pauline Etienne dans "Sur quel pied danser" de Paul Calori, Kostia Testut

Pauline Etienne dans "Sur quel pied danser" de Paul Calori, Kostia Testut

© Loin derrière l’Oural

Les parties dramatiques ne sont pas pour autant négligées, bénéficiant de la fraîcheur de Pauline Etienne ("Tokyo fiancée", "La Religieuse", "Le Bel âge"), François Morel habite un directeur d'usine qui connaît la chanson ; Olivier Chantreau ("Baden Baden", "Les Lyonnais") campe un séducteur roublard et Loïc Corbery, de la Comédie Française, incarne un PDG hypocrite et démago à souhait. "Sur quel pied danser" sait très bien lequel choisir et prend le bon. Celui d'un film ludique, bourré d'énergie qui fait du bien en ces temps de morosité sans jamais arrondir les angles. Un pari gagné, pas couru d'avance, qui a trouvé chaussure à son pied. 

Sur quel pied danser : l'affiche

Sur quel pied danser : l'affiche

© Loin derrière l’Oural

LA FICHE

Comédie musicale de Paul Calori et Kostia Testut (France) - Avec : Pauline Etienne, Olivier Chantreau, François Morel, Loïc Corbery, Julie Victor - Durée : 1h25 - Sortie : 6 juillet 2016

Synopsis : Alors que Julie pense décrocher un CDI dans une fabrique d'escarpins de luxe, un plan social vient chambouler ses rêves de stabilité : entre lutter aux côtés d'ouvrières frondeuses ou bien faire profil bas, la jeune femme ne sait sur quel pied danser. Mais quand Samy, un camionneur aussi roublard que charmeur, vient prêter main forte au combat, ce n'est déjà plus la même chanson…