"Sunrise" de Partho Sen-Gupta, pour l'amour de ma fille

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/03/2016 à 15H03, publié le 28/02/2016 à 18H58
Adil Hussain dans "Sunrise" 

Adil Hussain dans "Sunrise" 

© Rapid Eye Movies

Avec "Sunrise", le réalisateur indien Partho Sen-Gupta nous livre un drame sombre et pluvieux sur un père à la recherche de sa fille disparue 10 ans plus tôt. Un film poignant teinté d'une infinie colère.

La note Culturebox

3
3/5
Du cinéma indien, on connaissait surtout Bollywood. Ces romances à l'eau de rose sur fond de comédies musicales balourdes. Mettons tout de même de côté "Devdas" (2002), magnifique ode de Sanjay Leela Bhansali avec Shahrukh Khan et Aishwarya Rai, à l'amour et au métissage social. Un film qui, malgré son déferlement de sensualité kitsch et sa pompe décorative, n'en perdait pas pour autant son charme.

Errances

C'est une œuvre d'un tout autre genre que présente Partho Sen-Gupta, la nouvelle tête du ciné indé indien. Dans la droite lignée d'Anurag Kashyap et de ses polars noirs, "Gangs of Wasseypur" ou "Ugly", tous deux projetés à la Quinzaine respectivement en 2012 et 2013, le réalisateur signe un drame encore plus sombre. Mais s'il a le thème et la noirceur de "Ugly", les ressemblances s'arrêtent là. Au contraire d'un Kashyap d'inspiration largement tarantinesque, Sen-Gupta tangue, lui, franchement vers David Lynch. Dans sa façon de filmer les errances de son héros, ses songes. La nuit, enrobée du seul bruit de la pluie tombant drue sur ce Mumbai poisseux. Dans cette divagation permanente entre rêve et réalité.
 
Celle de Joshi (Adil Hussain), l'un des seuls flics intègres d'une ville rongée par la corruption. Il y a dix ans, sa petite fille a été kidnappée. Et depuis quelque temps, un rêve récurrent hante ses nuits. Une ombre noire le conduit au Paradise, qui n'en a que le nom. Un night club sordide où de très jeunes filles enlevées dansent pour des hommes, hilares et patibulaires. Enquêtant sur la disparition d'autres enfants, il espère trouver une trace, un indice, qui pourrait lui permettre de retrouver sa fille.

Onirique

Un film à la lisière de l'autobiographie pour un réalisateur qui a manqué, petit, de se faire kidnapper. "Quand ils ont essayé de m'enlever, j'ai crié si fort que des ouvriers m'ont entendu et sont venus à mon secours", explique le cinéaste. Quand, des années plus tard, sa fille naît, ce traumatisme d'enfance réapparait. Il fait des cauchemars toutes les nuits. Le résultat, ce "Sunrise". Pas un film réaliste. Mais un film sur l'émotion. La sensation. Celle d'avoir un enfant qui disparaît du jour au lendemain. Un drame qui fait écho à un véritable phénomène. Chaque année en Inde, plus de 50.000 enfants se volatilisent. Des gamins poussés, le plus souvent, vers la prostitution, la mendicité ou le travail forcé.
"Sunrise" © Rapid Eye Movies

Partho Sen-Gupta a choisi de traduire cette tragédie par l'onirique. Sans aucune linéarité dans la narration. Passant sans cesse de l'enquête, réelle, au cauchemar de Joshi. Comme si cet homme ne pouvait plus espérer quoi que ce soit de cette vraie vie. De son pays qui comme seule réponse, lui a balancé son indifférence. Et le voilà, glissant peu à peu, dans un monde imaginaire. Le seul endroit où il peut encore espérer réparation et se muer en héros. Abattre les coupables et revoir sa fille. Ce n'est alors plus un père à la recherche de son enfant que nous présente Sen-Gupta. Mais les réactions de l'esprit humain confronté à la douleur et à l'injustice. Les réactions de sa femme qui a elle perdu la tête depuis bien longtemps. Leurs relations. Taiseuses, meurtries, presque macabres.
 
Et si l'on sent parfois une mise en scène de la noirceur un peu artificielle, ce film n'en reste pas moins un drame poignant, empli, tout à la fois, d'espoir et de résignation. 

LA FICHE

Drame de Partho Sen-Gupta - Avec Adil Hussain, Tannishtha Chatterjee et Ashalata Wabgaonkar. Sortie le 2 mars. Durée : 1h25.
Synopsis : À Bombay, l’inspecteur de police Joshi ne parvient pas à se remettre de la disparition de sa fille Aruna, kidnappée 10 ans plus tôt. Dans un rêve récurrent qui hante ses nuits, une ombre noire le conduit au Paradise, un bar de nuit dans lequel des enfants dansent pour le plaisir des adultes. En y enquêtant la nuit sur la disparition d’autres enfants, Joshi espère retrouver sa fille.