"Silence" : Martin Scorsese écorche le prosélytisme catholique au Japon

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 05/02/2017 à 15H52, publié le 04/02/2017 à 16H44
Le supplice de prêtres catholiques au XVIe au Japon vues par Martin Scorsese dans "Silence"

Le supplice de prêtres catholiques au XVIe au Japon vues par Martin Scorsese dans "Silence"

© Kerry Brown

Ce n’est pas la première fois que Martin Scorsese s’attaque au sujet religieux. Sa "Dernière tentation du Christ" (1988) avait fait des remous, et le thème de la Rédemption traverse son Œuvre. Dans "Silence", il traite de l’évangélisation portugaise au XVIIe siècle au Japon. Un sujet inattendu pour le réalisateur du "Loup de Wall Street". Un choix risqué pour un résultat remarquable.

La note Culturebox

4
4/5

Prosélytisme

D’origine italienne et d’obédience catholique, Martin Scorsese n’a jamais caché ses affinités religieuses. "La Dernière tentation du Christ" avait provoqué des manifestations d’intégristes en France, allant jusqu’à provoquer la mort d’un spectateur dans l’incendie volontaire du cinéma Espace Saint-Michel à Paris. Aujourd’hui, "Silence" a été projeté au Vatican devant une assemblée de jésuites et le Pape (qui n’a pas vu le film) a reçu le réalisateur. Son dernier long métrage ne devrait pas provoquer de réactions aussi extrêmes que sa "Dernière tentation". Pourtant, Scorsese n’est pas forcément tendre avec les évangélistes portugais du XVIIe siècle, malgré les apparences.

Reportage : Pascale Deschamps / Y. Chen

Adapté d'un roman japonais

Grand sujet que celui de "Silence", peu connu sous nos latitudes, que Scorsese adapte du roman éponyme de Shusaku Endo. Il est en effet historiquement connu que le Japon s’est farouchement opposé pendant des siècles à toute incursion extérieure, et pas seulement occidentale, sur son sol. La menace s’est faite encore plus forte avec les grands explorateurs de la Renaissance, et celle conduite par les jésuites portugais au XVIIe siècle fut des plus férocement repoussées et réprimées. C’est la justification, ou non, de ce choc des cultures que pose "Silence". Aussi la question du prosélytisme se trouve au cœur du film. Il est en effet étonnant de constater que cette pratique n’existe que dans la religion chrétienne et musulmane, et dans nulle autre. En nos temps de barbarie terroriste islamiste, qui prêche par les bombes, l’assassinat, et le sacrifice de kamikazes, le film de Scorsese fait étrangement écho.

 

"Silence" : la bande annonce

Œcuménisme

Les Jésuites du film ne posent pas de bombes ; le verbe est leur seule arme. Mais en connaissant le sort de leurs frères, torturés, mort au nom de Dieu en terre japonaise, leurs successeurs ne savaient-ils pas qu’ils s’envoyaient à la mort et qu’ainsi leur sacrifice ferait office de martyr ? Les kamikazes islamistes d’aujourd’hui, ressemblent fort, dans leur objectif, aux "bombes humaines" jésuites du XVIIe siècle, leur dénominateur commun étant la mort pour propager leur croyance.

Andrew Garfield et Liam Neeson dans "Silence" de Martin Scorse

Andrew Garfield et Liam Neeson dans "Silence" de Martin Scorse

© Kerry Brown

Le film de Scorsese va dans le sens d’un respect mutuel des religions, un œcuménisme. Le père Ferreira (Liam Neeson) a renié sa religion pour sauver sa vie, le père Rodrigues (Andrew Garfield) fera de même. Pas seulement pour sauver leur peau, le shintoïsme (la religion officielle japonaise) se révélant à leurs yeux également pertinent. Mais ils ne renieront jamais, intérieurement, leur religion première. C’est tout le sens de la dernière image du film et du "Silence" du titre : tenir dans l’intériorité, le silence intérieur, le sens que l’on donne à Dieu. Et non le propager dans la fureur prosélyte. Car il relève de la plus haute intimité.

Martin Scorsese porte son message dans un film qui prend son temps, sur une durée (2h41) quasi équivalente à celle de "La Dernière tentation du Christ" (2h44). Comme s’il y avait une temporalité propre à son approche filmique de la religiosité, plutôt de la spiritualité. "Silence" ne fait pas appel à la virtuosité spectaculaire que l’on trouve d’habitude dans ses films, comme l’usage de savants plans séquence. Ici les plans sont posés, frontaux, composés et montés selon une ascèse toute japonaise qui renvoie à une approche toute méditative. Sûr que le cinéaste, cinéphile émérite, est revenu à l’économie de moyens des maîtres japonais. Une preuve supplémentaire de l’œcuménisme au travail, au cœur de "Silence".

"Silence" : l'affiche française

"Silence" : l'affiche française

© Metropolitan FilmExport

 

LA FICHE

Drame historique de Martin Scorsese (Etats-Unis/Italie/Japon/Mexique), Avec : Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Tadanobu Asano, Ciarán Hinds, Yôsuke Kubozuka, Yoshi Oida, Shinya Tsukamoto - Durée : 2h41 - Sortie : 8 février 2017
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Synopsis : Au XVIIe siècle, deux prêtres jésuites portugais se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

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