"Selma" : la longue marche de Martin Luther King arrive à point nommé

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 10/03/2015 à 12H03
David Oyelowo est Martin Luther King dans "Selma" de Ava DuVernay

David Oyelowo est Martin Luther King dans "Selma" de Ava DuVernay

© Studio Canal

Rares sont les femmes cinéastes noires, aux Etats-Unis comme ailleurs. Le fait est d’autant plus à souligner qu'Ava DuVernay réalise un film sur Martin Luther King, cheville ouvrière de l’obtention des Droits civiques, au terme d’une lutte acharnée et meurtrière condensée dans la marche de Selma à Montgomery, en Alabama, en 1965.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

De Ava DuVernay (Etats-Unis/Grande-Bretgane), avec :  David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Giovanni Ribisi, Tim Roth - 2h08 - Sortie : 11 mars 2015

Synopsis : Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965. 
"Selma" : "la bande-annonce


Un pas en avant, un pas en arrière

Classicisme et didactisme guident ce film édifiant sur les événements de ce début des années 60 aux Etats-Unis, alors que le pays sortait à peine de la ségrégation raciale. Les populations du Sud, notamment en Alabama, s’opposaient farouchement à l’égalité des Droits, incarnée dans la permission donnée aux Noirs de voter librement. Et elles le firent savoir avec véhémence, alors que le gouvernement Johnson freinait des quatre fers.

"Selma" s’ouvre sur la remise du Prix Nobel de la Paix à Martin Luther King en 1964, et enchaîne sur l’odieux attentat où quatre fillettes de couleur périrent dans une église. Ce contraste entre un acquis et une violence sans nom ne quittera plus le film. D’un côté Johnson surfe sur sa loi mettant fin à la ségrégation, la reconnaissance de Martin Luther King par la communauté internationale rejaillissant sur sa présidence. De l’autre, la violente réactivité des populations du Sud à un tel changement de société, opposées à laisser le droit de vote à une ethnie qu’elles méprisent.
 

David Oyelowo dans "Selma" de Ava DuVernay

David Oyelowo dans "Selma" de Ava DuVernay

© Studio Canal


Plaies mal fermées

Ava DuVernay ne cherche pas midi à quatorze heures et expose chronologiquement la stratégie du "preacher" d’Alabama pour parvenir à ses fins. Un cheminement douloureux, fait d’avances et de reculs, de négociations complexes au plus haut niveau, de dissensions internes, d’écoutes frauduleuses, de manœuvres pour déstabiliser la sphère privée, de manifestations meurtrières… Il en faudra trois pour arriver à destination. Mais le combat ne sera pas clos pour autant, certains seront assassinés une fois l'affaire bouclée, King lui-même en 1968. Les récents drames raciaux aux Etats-Unis montrent bien que les plaies sont mal fermées, tout comme le récent discours de Barack Obama.

"Selma" arrive donc à point nommé, pour rafraîchir les mémoires aux Etats-Unis. Mais le film est pertinent partout dans le monde, alors que les conflits inter-ethniques pullulent, que les attentats du mois de janvier à Paris, puis celui de Copenhague sévissent. Combien d’autres encore ? Chaque jour la liste s’allonge. Discrimination due à la couleur de peau, la religion, à l'égard des femmes, homophobe… "Est-ce donc ainsi que les hommes vivent ?".  Ava DuVernay a choisi une forme simple pour faire passer le message. On ne lui reprochera pas, même si le long métrage perd en vigueur plus le récit avance. C’est le lot de bien de fresques ambitieuses. On dira le film destiné aux écoles. Grand bien soit-il, s’il pouvait ouvrir les yeux sur ce combat de soixante ans, toujours d’actualité.