"Room" : film existentiel, Oscar 2016 de l’interprétation féminine

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 10/03/2016 à 15H30
"Room" de Lenny Abrahamson, Prix du public au festival de Toronto

"Room" de Lenny Abrahamson, Prix du public au festival de Toronto

© A24

Huis-clos aux confins du réel Brie Larson a créé la surprise en remportant l’Oscar de la meilleure actrice lors de la dernière cérémonie hollywoodienne. Film intimiste, adapté du roman d’Emma Donaghue, il se déroule en grande partie dans une pièce de 8 m2 où (sur)vivent une jeune femme enlevée, puis cloîtrée pendant sept ans avec son fils de 5 ans.

La note Culturebox

4
4/5

Huis-clos aux confins du réel

Un curieux huis-clos s'instaure, où l’enfant, progéniture du kidnapeur, ne cesse de tenter de différencier le réel et l’imaginaire, avec comme seule ouverture sur l’extérieur, les programmes télévisés. "Ma" le protège, essaye de sortir Jack de ce brouillard mental et conçoit un plan pour s’évader. Une fois "dehors",  les rôles vont s’inverser, l’enfant va devenir le protecteur de sa mère, en complète rupture avec le retour à une vie "normale". Souffrant de paranoïa, elle révèle à son tour des difficultés à appréhender la réalité. 


Le retour à la vie "d’avant" devient un enfer pour "Ma", alors que Jack absorbe, se nourrit, s’approprie son nouveau monde. Il devient le sage, celui qui sait, comprend et protège, comme un père. La cabane de jardin dans laquelle ils étaient enfermés devient comme un Eden perdu, protecteur, où la relation mère-fils régissait les règles. Cette vie, même ponctuée d’apparitions sporadiques du "père ", était maîtrisée, la jeune femme parvenant à le manipuler.

Jacob Tremblay dans "Room" de Lenny Abrahamson

Jacob Tremblay dans "Room" de Lenny Abrahamson

© Universal Pictures

Sobriété lumineuse

Le réalisateur Lenny Abrahamson tisse sa toile avec une précision remarquable dans sa mise en scène, distillant des émotions sans excès, laissant de côté toute tentation lacrymale. La caméra, dénuée de mouvements superfflus, est toujours placée au bon endroit. Car elle filme le point de vue de Jack, narrateur de cette histoire dont il est le centre.

L’Oscar remis à Brie Larson est-il mérité ? Elle ne tient pas le premier rôle contrairement au jeune Jacob Tremblay. La question ne remet aucunement en cause la belle interprétation féminine oscarisée. Mais le jeune garçon, qui crève l’écran, aurait justifié tout autant la récompense.

Photo promotionnelle pour "Room" de Lenny Abrahamson, avec Brie Larson, Oscar meilleure actrice 2016, et Jacob Tremblay

Photo promotionnelle pour "Room" de Lenny Abrahamson, avec Brie Larson, Oscar meilleure actrice 2016, et Jacob Tremblay

© Copyright FAMEFLYNET / BESTIMAGE

"Room" film initiatique, réactualise la veine des films d'apprentissage à l'américaine, en la teintant d’existentialisme. Par la profondeur, l’intelligence, la finesse d’approche de son environnement par Jack, par le désappointement de sa mère quand elle revient dans sa famille, qui n’est pas le havre de paix attendu. Ou encore lors de l’intrusion médiatique dans sa vie et dans celle de son entourage. D'innombrables subtilités ponctuent le récit, implacable et lumineux. Un film touché par la grâce.

La fiche

Drame de Lenny Abrahamson - avec  Brie LarsonJacob Tremblay   Joan Allen - Sortie : 9 mars 2016 - Durée : 1h58
Synopsis : Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.