"Rodéo", chronique esthétique au pays des vachers brésiliens

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/09/2016 à 11H37, publié le 06/09/2016 à 10H52
Dans cet univers de bétail et de boue, la beauté et la mode prennent des formes multiples

Dans cet univers de bétail et de boue, la beauté et la mode prennent des formes multiples

© Damned Distribution

Primé au Festival de Locarno pour "Ventos do agosto" (2014), le jeune réalisateur brésilien Gabriel Mascaro présente aujourd'hui "Rodéo", une immersion dans le quotidien d'un groupe de vachers qui parcourt les routes pour vivre. Inattendu et contrasté, parfois perturbant, ce long-métrage tente de dire le Brésil d'aujourd'hui, notamment à travers une esthétisation des corps.

La note Culturebox

3
3/5
Des bouts de tissus colorés jonchent la terre desséchée du Nordeste brésilien, région d'élevage et espace du récent développement de l'industrie textile. Non loin, gisent les membres disparates d'un mannequin de plastique qui rappellent les statues incomplètes que l'on peut croiser à Rome, sur le Palatin. Ils sont ramassés par Iremar (Juliano Cazarré), protagoniste du film. Lui est un cowboy qui se rêve grand couturier. Le jour, avec ses compagnons, il sillonne les routes à bord d'un camion, en direction des "vaquejadas", rodéos traditionnels au Brésil. La nuit, il s'assoit derrière sa machine à coudre ou dessine des robes pour les filles nues des magazines porno qui ne quittent jamais son ami Zé. Une vie de nomade pour des "vaqueiros" qui ne roulent pas sur l'or. 

 

Le rodéo, allégorie de la société brésilienne

Deux autres personnages sont à suivre dans "Rodéo". Il y a Galega (Maeve Jinkings) et sa fille d'une douzaine d'années, Cacá, qui aspire de son côté à troquer un jour l'univers taurin pour celui des chevaux. Les rapports entre elles, à l'image des liens qui unissent tous les personnages, sont souvent régentés par la pudeur, parfois par une certaine brutalité : "Culotte de pute", lance Cacá à sa mère lorsque celle-ci achète des strings de couleur bon marché à un vendeur ambulant. 

Pour le reste, il y a le rodéo. Outre les voyages qui emmènent les mannequins, les bêtes et les hommes vers un destin commun, le spectateur est invité à pénétrer l'univers de la tauromachie brésilienne. Dans les coulisses, les vachers nettoient la queue du taureau (le Zébu Nélore, qui se caractérise par son pelage blanc et sa bosse sur le dos), la badigeonnent de talc avant de lâcher l'animal sur la piste. C'est alors que deux cavaliers se mettent à le pourchasser sur le sable de l'arène. Rien à voir donc avec les shows de rodéo organisés aux États-Unis. L'heure du triomphe sonne lorsque l'un des deux hommes fait tomber le puissant taureau en le saisissant par la queue. Une chorégraphie violente renvoyant aux forces en mouvement qui traversent la société brésilienne contemporaine selon Gabriel Mascaro : "J'ai réalisé que ce sport est presque une allégorie de la hiérarchie brésilienne, qui se matérialise dans les corps de ces hommes et de ces animaux."

 

Comme Iremar, Cacá s'accorche à ses rêves

Comme Iremar, Cacá s'accorche à ses rêves

© Damned Distribution


Photo superbe et dialogues crus

Que ce soit par de lents travellings ou des plans fixes baignés d'une lumière de néon vert ou rouge (le titre VO est d'ailleurs "Neon Bull"), les corps sont interrogés par la caméra du début à la fin. Les lignes, les courbes se confondent, sublimées par une lumière qui unit violence, beauté et plaisir dans une même image. Cet esthétisme est le fruit du travail de Diego Costa, directeur de la photographie qui avait notamment travaillé sur "Cemetery of Splendour". On sera cependant surpris de voir ce souci de l'esthétisme naître dans un univers terrien boueux, sale, vulgaire. "Plus c'est serré, plus c'est bon", lâche le vendeur de strings à Galega, laquelle se fera un peu plus tard surprendre par sa fille en train de s'épiler le maillot à l'avant de son camion. Le sexe est par ailleurs une thématique très présente, traitée de façon crue - dans le langage notamment- ou mise à nu avec plus de poésie par les jeux d'ombre et de lumière. À ce titre, plusieurs séquences ne sont pas vraiment adaptées pour un public jeune, notamment une scène de sexe de plusieurs minutes dans une usine de couture.

"Rodéo" : L'affiche française 

"Rodéo" : L'affiche française 

© Damned Distribution

LA FICHE

Drame de Gabriel Mascaro (Brésil / Uruguay / Pays-Bas) - Avec : Juliano Cazarré, Maeve Jinkings, Alyne Santana : 1h41 - Sortie: 7 septembre 2016

Synopsis : Iremar et sa famille de substitution vivent sur les routes, travaillant dans le milieu des vaquejadas, rodéos traditionnels du Nord du Brésil pour lesquels ils préparent les taureaux. Rêvant de devenir styliste, Iremar accumule étoffes et paillettes, coupant et assemblant ses créations et les derniers modèles à la mode...