"Rocco", le diable au corps

Par @Culturebox
Publié le 26/11/2016 à 11H40
Rocco, © Emmanuel Guionet

Pour leur deuxième collaboration après le réussi et très esthétique "Relève : histoire d’une création", autour du dernier ballet pour l’Opéra National de Paris de Benjamin Millepied, le duo Demaizière-Teurlai revient avec un nouveau documentaire, plus intimiste et encore épatant techniquement, consacré à la légende du X.

La note Culturebox

4
4/5
Un gros plan de plusieurs secondes. Cru et grandiose. Celui du pénis de Rocco Siffredi, dans la pénombre d’une cabine de douche. Voilà comment s'ouvre ce docu consacré au plus grand hardeur de tous les temps. Avec de "démon", comme l’acteur le dit lui-même, qui ne fait presque plus partie de lui. Car Rocco a décidé d’arrêter sa carrière. De déposer les armes. Et Thierry Demaizière et Alban Teurlai de nous filmer cette fin de parcours : le baroud d’honneur spectaculaire et caravagesque de la légende du X, les raisons qui l’ont poussé à arrêter, sa vie de famille, ses blessures.
 
L’acteur aborde tour à tour, avec une sincérité et un abandon déconcertant, sa mère, qui l’imaginait curé et lui donnera finalement sa bénédiction pour une toute autre destinée. Sa mort, atroce. Celle, prématurée, de son frère. Sa femme, qui a accepté tant bien que mal sa vie. Ses deux fils et le regard qu’ils portent sur leur père. Et puis surtout,sa sexualité et le rapport maladif, presque morbide, qu’il entretient avec elle. Une sexualité que le quinquagénaire aux 1.500 films et 5.000 partenaires, qui a passé plus de 30 ans à écumer les plateaux de tournages, a visité dans les moindres recoins, souvent les plus sombres. "À 360°", souffle-t-il.
Rocco. © Mars Films


Souffrance joussive

Les réalisateurs ne se contentent toutefois pas de nous livrer ce portrait d’homme, intimiste et introspectif. Ils nous proposent aussi une plongée percutante et saisissante dans l’univers du porno. Sans jugement, sans voix off accablante et moralisatrice. Simplement des scènes de vie, entre deux prises. Une pause clope qu’on prend nu. Une engueulade savoureuse parce qu’un acteur "se dépense pour rien en baisant hors-caméra". Mais aussi des moments moins cocasses, difficilement supportables. Une femme en pleurs, fatiguée physiquement et moralement, parce qu’elle vient de voir une semaine de boulot s’écouler sans journée de repos. Une débutante, fragile et naïve, plus attirée par les possibles paillettes, que par le sexe. Et en filigrane apparaissent d’elles-mêmes les critiques d’un milieu à part, peuplé de personnages peu ordinaires.
 
Au premier rang desquels, Rocco, toujours, que Demaizière et Teurlai filment au plus près. La caméra est nerveuse, les plans macro s’accumulent, beaux et intenses. Et nous voilà dans sa tête, dans le psyché de cet acteur, avec ses névroses, sa violence, sa folie. De cet homme ne pouvant concevoir la jouissance sans souffrance.

Rocco, documentaire, sortie 30 novembre 2016 (1h 43min)
De Thierry Demaizière et Alban Teurlai