Reprise somptueuse de "Little Big Man", grand rôle de Dustin Hoffman

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 23/07/2016 à 15H15, publié le 21/07/2016 à 18H25
Dustin Hoffman dans "Little Big Man" d'Arhur Penn

Dustin Hoffman dans "Little Big Man" d'Arhur Penn

© Carlotta Distribution

Quand il sort sur les écrans en 1970, "Little Big Man", d'Arthur Penn, fait l'effet d'une bombe en valorisant la civilisation amérindienne, très méprisée, à de rares exceptions près, dans le western américain. En visage pâle adopté par une tribu indienne, qui passe du camp cheyenne à celui des tuniques bleues, et inversement, Dustin Hoffman fait merveille, au côté d'une Faye Dunaway renversante.

La note Culturebox

5
5/5

Allégorie du conflit vietnamien

La restauration de "Little Big Man" est une aubaine, tant le film vaut d'être redécouvert sur grand écran, dans son format scope original, qui restitue ses images splendides des grandes plaines. En 1970, à cinq ans de la fin de la guerre du Vietnam (1975), la contestation contre le conflit est à son apogée aux Etats-Unis. Le western, genre moribond depuis les années 60, s'offre comme une allégorie de l'impérialisme américain en Asie du Sud-est, à l'image du génocide indien au XIXe siècle.
Little Big Man : la bande annonce
Le film évoque entre-autres le massacre de Sand Creek (1864), perpétré par l'armée américaine, et la bataille de Little Big Horn (1876), rare victoire indienne sur les tuniques bleues, qui vit la mort du célèbre général Custer, figure démythifiée dans le film de Penn. La même année que "Little Big Man", sort "Soldat Bleu" de Ralph Nelson, qui reconstitue le même massacre de1864. Il y a en a eu d'autres, le plus emblématique restant celui de Wounded Knee (1870). Ces évocations génocidaires renvoient explicitement au massacre de My Lai en 1968, où les GI exterminèrent plusieurs centaines de civils vietnamiens et mirent le feu à la bourgade (les faits sont reconstitués dans "Platoon" – 1986 - d'Oliver Strone).

L'Ouest démythifié

Sam Peckimpah avait introduit ce qui deviendra le western crépusculaire dès le début des années 60 ("New Mexico", "Coups de feu dans la Sierra", "Major Dundee"). Il y écornait la vision idéalisée de la conquête de l'Ouest et évoquait la fin d'un monde, par les figures de cow-boys vieillissants, en fin de course. Ce sujet de prédilection aboutira à son chef d'œuvre en 1969, "La Horde sauvage". Mais Peckinpah n'abordait pas la question indienne (alors qu'il prétendait à tort avoir un grand-père indien). Arthur Penn va s'en charger, et avec lui Ralph Nelson, ou Elliot Silverstein ("Un homme nommé Cheval", 1970), et Abraham Polonski ("Willie Boy", 1969). En 1991, Kevin Costner reviendra à cette veine avec "Danse avec les loups", dans le contexte de la première guerre d'Irak.
Dustin Hoffman et Faye Dunaway dans "Little Big Man" d'Arthur Penn

Dustin Hoffman et Faye Dunaway dans "Little Big Man" d'Arthur Penn

© Carlotta Distribution
Sous sa forme épique, picaresque, et par bien des aspects éminemment comique,"Little Big Man" affiche son propos politique, en phase avec la contestation américaine contre le conflit vietnamien, et la contreculture qui participe à la réhabilitation des Amérindiens. Le roman de Thomas Berger, dont s'inspire le film, s'offre parfaitement à l'exercice. L'Ouest d'Arthur Penn est un monde en perdition, hypocrite et immoral, avec des cow-boys crasseux et des villes boueuses. Dustin Hoffman y trouve un de ses plus grands rôles, partagé entre deux cultures et catalyseur de la schizophrénie américaine, écartelé entre soif de liberté et puritanisme. Tout comme Faye Dunaway, d'une beauté renversante et d'une sensualité inégalée depuis "L'Affaire Thomas Crown" (Norman Jewison, 1968), en nymphomane mariée à un pasteur qui finira dans un bordel.

Les Indiens, enfin, n'avaient jamais été montrés de cette façon, même si la plupart des acteurs ne sont pas Amérindiens. Sauf Chief Dan George, dans le rôle de "Peau de la vieille hutte", chef de la tribu cheyenne, hôte de Jack Crabb (Dustin Hoffman). Bien des aspects inconnus de la culture indienne étaient alors dévoilés à un large public : le rôle de la femme dans la société, la tolérance envers la différence, le code de l'honneur, la guerre fondée sur l'humiliation de l'ennemi et non sa mort, le guerrier "contraire" qui agit à l'exact inverse de ses intention…
Little Big man : affiche française 2016

© Carlotta Distribution
Film phare du nouvel Hollywood, "Little Big Man" n'a pas pris une ride et reste tout aussi jouissif qu'à sa découverte, tout en reflétant son époque. Arthur Penn signait là son dernier grand film, après "Le Gaucher" (1958), "La Poursuite impitoyable" (1966) ou "Bonnie and Clyde" (1967). Il ne retrouvera malheureusement jamais une telle inspiration. "Little Big Man" est un Chef-d'œuvre. 

LA FICHE

Western de Arthur Penn (Etats-Unis, 1970) - Avec : Dustin Hoffman, Faye Dunaway, Chief Dan George, Martin Balsam, Richard Mulligan, jeff Corey, Kelly jean peters, Carole Androsky - Durée : 2h19 - Reprise : 20 juillet 2016

Synopsis : Âgé de 121 ans, Jack Crabb, seul survivant de la bataille de Little Big Horn, raconte son histoire à un journaliste. Adopté par une famille de Cheyennes, après le massacre de sa famille, ce visage pâle est surnommé Little Big Man par le chef de la tribu à cause de son courage. Recueilli par l'armée américaine lors d'une bataille, il est placé chez un pasteur et sa femme. Dégoûté par l'hypocrisie des Blancs, il retourne chez les Cheyennes, partagé entre ses origines et son nouveau peuple. Croisant le général Custer, héros des guerres indiennes, il s'engage à son côté comme éclaireur pour mieux déjouer ses plans...