"Red Amnesia" : pamphlet fantomatique sur la nouvelle Chine

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 03/05/2016 à 17H48
Lü Zhong dans "red Amnesia" de Wang Xiaoshuai

Lü Zhong dans "red Amnesia" de Wang Xiaoshuai

© Copyright Acacias films

Annoncé comme un thriller, avec une bande annonce nerveuse qui semble donner raison à ce classement, "Red Amnesia" est plus un drame familial et sociétal qu'un film de genre. Le réalisateur Wang Xiaoshuai a déjà tâté de la réforme économique chinoise dans "So Close to Paradise", "Benjing Bicycle" ou "Shanghai Dream". Il y revient dans "Red Amnesia" sous la forme d'une parabole spectrale.

La note Culturebox

2
2/5

Histoire d'un fantôme chinois

Dans "11 Fleurs", Wang Xiaoshuai traitait de la Révolution culturelle, encore une mutation de la société chinoise. "Red Amnesia", plus contemporain, voit une vieille dame attentionnée, obsédée par le temps d'avant, celui de la Chine communiste pure et dure, personnifiée par le fantôme de son mari. Ouvrier exemplaire, aujourd'hui décédé, il garantissait la prospérité familiale et le maintien de valeurs, un style de vie désormais disparus. Symptome qu'incarnent leurs enfants "occidentalisés".
"Red Amnesia" : la bande annonce

Quelque soit le pays d'Extrême-Orient - Chine, Japon, Philippines, Thaïlande, Corée… tous sont hantés par des fantômes dans leur folklore, voire la vie quotidienne de leur population. Ce n'est pas pour rien que le cinéma asiatique est habité par les spectres : "Kwaïdan", "L'Empire de la passion", "Histoire de fantômes chinois", "The Ring", "The Grunge", "Black Water", "Oncle Boonmee"… Wang Xiaoshuai fait appel aux fantômes, sous une forme qui n'a rien d'horrifique. Il évoque la persistance mémorielle de la Chine d'avant la réforme économique. A l'image des Russes d'aujourd'hui vis-à-vis de la Russie soviétique.

Shi Liu dans "Red Amnesia" de Wang Xiaoshuai

Shi Liu dans "Red Amnesia" de Wang Xiaoshuai

© Copyright Acacias films

Nostalgia

Deng, qu'interprète avec grand talent l'actrice Lü Zhong, est enracinée dans un monde qui n'est plus, comme son époux disparu. Le regret, la nostalgie qu'elle exprime d'un temps révolu, explique peut-être le titre "Red Amnesia" (amnésie rouge). Il se réfèrerait à la souvenance des seuls bons moments de l'époque passée, sans jamais évoquer le joug du régime communiste. Celui-ci atteint son paroxysme avec la Révolution culturelle des années 70, justement l'époque des meilleures années de Deng avec son époux et de la naissance de leurs enfants. Son petit-fils est le seul, avec elle, à voir le fantôme, comme si elle l'influençait. Des touches rouges - brassards, fanions, vêtements – traversent le film comme autant de fragments persistants du passé maoïste.

La parabole est peut-être un peu trop transparente, comme cousue de fil blanc. Wang Xiaoshuai n'a aucunement l'ambition de réaliser un film de genre, fantastique en l'occurrence. Pourquoi alors le vendre comme un thriller ? Ce n'est toutefois pas le fossé entre "Red Amnesia" et sa promotion qui déçoit. Mais le rythme languissant, caractéristique du cinéaste, le manque d'évolution dramatique, malgré les manifestations de plus en plus rapprochées du spectre, et la signification téléphonée du film. Beau sujet, bonne idée, bonne actrice, mais une oeuvre sans mystère, spectrale.

L'affiche de "Red Amnesia"

L'affiche de "Red Amnesia"

© Copyright Acacias films

La fiche film 
Drame de Wang Xiaoshuai (Chine), avec : Lü Zhong, Shi Liu, Feng Yuanzheng, Feng Yuanzheng, Hao Qin - Durée : 1h45 - Sortie : 4 mai 2016
Synopsis : Deng, retraitée têtue, semble compenser le vide laissé par la mort de son mari par une activité de chaque instant, dévouée à organiser la vie de ses enfants et petits-enfants. Sa vie est bouleversée le jour où elle commence à recevoir de mystérieux appels anonymes et à être suivie lors de ses sorties quotidiennes...