"Promised Land" : Gus Van Sant s'attaque au gaz de schiste

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 16/04/2013 à 17H18, publié le 16/04/2013 à 16H25
Rosemarie DeWitt et Matt Damon dans "Promised Land" de Gus Van Sant

Rosemarie DeWitt et Matt Damon dans "Promised Land" de Gus Van Sant

© Mars Distribution

Passant de l’expérimental à des films plus accessibles, mais souvent avec un discours militant - sur l’homosexualité ("My Own Private Idaho", "Harvey Milk"), l’adolescence ("Gerry", "Paranoïd Park"), la lutte contre la détention d’armes ("Elephant") -, Gus Van Sant traite dans "Promised Land" de l’exploitation financière des franges les plus fragiles, par les grands groupes industriels. Vendeur.

De Gus Van Sant (Etats-Unis), avec : Matt Damon, Rosemarie DeWitt, Frances McDormand, John Krasinski - 1h46- Sortie : 17 avril

Synopsis : Steve Butler, représentant d’un grand groupe énergétique, se rend avec Sue Thomason dans une petite ville de campagne américaine. Les deux collègues sont convaincus qu’à cause de la crise économique qui sévit, les habitants ne pourront pas refuser leur lucrative proposition de forer leurs terres pour exploiter le gaz de schiste qu’elles renferment. Ce qui s’annonçait comme un jeu d’enfant va se compliquer lorsqu’un enseignant respecté critique le projet, soutenu par un activiste écologiste qui affronte Steve aussi bien sur le plan professionnel que personnel…
"Promised Land" : la bande-annonce
Schiste alors !
Avec « Promised Land », Gus Van Sant réalise un peu son « Erin Brockocich, seul contre tous », signé Steven Soderbergh en 2000, sur une compagnie de distribution d’énergie, responsable de la propagation de graves maladies par une pollution de l’eau. Le film s’inspirait de faits réels. Van Sant écrit avec son acteur Matt Damon une fiction qui s’appuie sur des témoignages relatifs à l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, qui fait également débat en France.

La polémique est de notoriété publique. L’exploitation de ce gaz enfermé sous d’épaisses couches de roche nécessite un forage suspecté d’être hautement polluant pour les terres et les nappes phréatiques. Contrepartie : la source d’énergie est très lucrative pour les vendeurs de terrains, pour les compagnies d’exploitation et pour le pays qui peut y gagner une part d’indépendance énergétique conséquente. Le combat entre la finance et la prévention environnementale est au cœur du débat. Rien n’est toujours tranché.
Frances McDormand et Matt Damon dans "Promised LAnd" de Gus Van Sant

Frances McDormand et Matt Damon dans "Promised LAnd" de Gus Van Sant

© Mars Distribution
Didactisme
Matt Damon, dont c’est la troisième collaboration avec Van Sant (comme scénariste pour « Will Hunting » et « Gerry »), signe avec John Krasinski (interprète de l’écolo du film) un scénario didactique, en essayant de ne pas tomber dans le manichéen (les méchants riches exploitants contre les pauvres fermiers). Ils y parviennent partiellement, avec Van Sant cosignataire du script, en mettant en place des personnages sympathiques des deux côtés, alimentés d’un coup de théâtre final bien troussé, mais freiné en raison d’un happy-end à la Capra, téléphoné de longue date.

"Promised Land" apparaît de fait comme le film le plus académique de Gus Vans Sant. Même par rapport à lui-même, puisqu’il s’auto-cite par ces plans sans lien direct avec l’histoire, mais qui ponctuent toujours aréablement sa narration - ici des vues aériennes du comté, ou des vues accélérées de la vie dans la petite bourgade. Matt Damon et Frances McDormand, en marchand de malheur, cautionnent le film de leur talent, pendant que John Krasinski est bluffant en écolo, comme tous les seconds rôles remarquables, et l’évocation d’une Amérique rurale rarement évoquée à l’écran. Mais si le didactisme du film va a son bénéfice, ses limites en sont aussi les siennes.