Patrice Leconte tient toute sa "Promesse" !

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 13/04/2014 à 13H55, publié le 12/04/2014 à 09H00
Richard Madden et Rebecca Hall dans "Une Promesse"

Richard Madden et Rebecca Hall dans "Une Promesse"

© Mars Distribution

Après "Le magasin des suicides", le réalisateur tente une nouvelle sortie hors de son territoire habituel pour adapter une nouvelle de Stefan Zweig. Pari réussi. Cette "Promesse" de Leconte est sensuelle et subtile.

Film français de Patrice Leconte – avec Rebecca Hall, Alan Rickman et Richard Madden – Durée : 1h38 – Sortie : 16 avril 2014

Synopsis : Allemagne, 1912. Un jeune diplômé, d’origine modeste, devient le secrétaire particulier d’un homme âgé, patron d’une usine de sidérurgie. L’état de santé du patron se dégrade et lui impose de rester à domicile. Il y accueille le jeune homme pour travailler. L’épouse du patron est une femme de trente ans, belle et réservée. Le jeune homme s’éprend d’elle, sans oser révéler ses sentiments. Dans le huis-clos de la demeure, couve cette passion amoureuse, sans geste ni parole, tout en regards et en silences. Brusquement, le patron décide d’envoyer son protégé au Mexique, afin d’y superviser l’exploitation de mines de fer. L’annonce de ce départ provoque chez l’épouse une réaction désespérée. Le jeune homme réalise qu’il est aimé d’elle, lui aussi, en secret. Mais la présence du mari malade interdit à leur amour de s’accomplir ici et maintenant. L’épouse fait une promesse : au retour du jeune homme, dans deux ans, elle sera à lui.
C'est l'avantage des longues carrières. Patrice Leconte a tout connu, les succès fous (La série des Bronzés) comme les louanges de la critique (Tandem, Le Mari de la coiffeuse, Ridicule, Monsieur Hire) ou les bouillons (Le Magasin des suicides). Aujourd'hui, Leconte fait vraiment ce qui lui plaît, quitte à prendre le public à contre-pied et à s'aventurer sur des terrains où sa légitimité n'est pas forcément acquise. Le voici donc parti pour une aventure passionnante mais pas gagnée d'avance : l'adaptation de la nouvelle de Zweig "Le Voyage dans le passé", un texte puissant et ramassé sur la passion amoureuse et son empêchement.
Alan Rickman et Richard Madden dans "Une promesse" © Mars Distribution
Pour ce film ayant pour cadre l'Allemagne de 1912, Leconte a choisi de tourner… en anglais. "Il aurait été stupide de tourner en français, explique-t-il, car il est ancré dans une réalité allemande très forte"… Et comme le réalisateur ne pipe mot à la langue de Goethe, il s'est tourné vers l'anglais.
Alan Rickman et Rebecca Hall dans "Une promesse" © Mars Distribution
"Une promesse" ne manque pas de qualités : une reconstitution historique rigoureuse, un filmage inspiré (même si la multiplication des effets "recadrages" tendances, en particulier dans la première partie, peut irriter) et, surtout, des acteurs au mieux de leur forme, touchants, impeccablement dirigés. Engoncés dans cette société protestante rigide, dans laquelle chacun doit tenir son rôle et rester à sa place, Rebecca Hall, Alan Rickman et Richard Madden forment un trio balayé par le vent de la passion. Rebecca Hall, en particulier, est incandescente, elle qui peine à contenir ces sentiments qui la submergent.

Toute en nuance, élégante et sensuelle, la "Promesse" romantique de Leconte ne trahit pas Stefan Zweig, captivante jusqu'au générique. De la belle ouvrage.