"Par accident" : derrière le "film de filles", le thriller psychologique

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/10/2015 à 14H45, publié le 14/10/2015 à 18H09

Pour son premier long métrage, Camille Fontaine signe un drame maîtrisé et haletant. Un film, servi par des actrices jouant à merveille leur partition, qui réussit l'alliage du drame social et du thriller. Culturebox les a rencontrés.

La note Culturebox

4
4/5
Lorsqu'au cœur du drame, le thriller pointe le bout de son nez. Voilà comment pourrait se résumer le film de Camille Fontaine. Et pour un premier long métrage, c'est une bien jolie réussite. Pourtant, il faut l'avouer, ce film partait avec tous les poncifs du larmoyant drame social sur l'immigration.
 
Car "Par accident", c'est d'abord l'histoire d'Amra (Hafsia Herzi), jeune algérienne timide et solitaire. Amra n'a pas d'amis. Elle n'en a certainement jamais eu. Elle vit avec sa petite fille de 5 ans et Lyes, son compagnon sans papier (Mounir Margoum), dans une bien triste caravane, plantée sur un terrain paumé du sud de la France. Amra a peur, tout le temps. Peur d'être renvoyé du petit boulot qu'elle a trouvé dans une blanchisserie minable. Peur aussi que Lyes soit arrêté et renvoyé en Algérie. C'est l'espoir qui la fait tenir. Celui de trouver, enfin, sa place dans la société. Alors, en attendant, elle fait profil bas.
Hafsia Herzi dans "Par accident"

Hafsia Herzi dans "Par accident"

© Ad Vitam

Une histoire d'amitié, par accident

Un soir, en rentrant du boulot, elle fauche un piéton. Elle pense envolés tous ses espoirs d'un avenir meilleur. C'était sans compter le témoignage d'Angélique (Emilie Dequenne), jeune infirmière fantasque et délurée, sorte d'héroïne de Chatiliez des Bouches-du-Rhône, qui va assurer aux policiers que le piéton s'est jeté sous ses roues. Entre elles, si dissemblables, une relation va naître, un peu par accident. Une amitié trouble où ne vont pas tarder à se mêler complicité et soupçon. Et si la fougueuse et enjôlée Angélique n'était pas en réalité un peu toxique ?
Hafsia Herzi, Mounir Margoum et Émilie Dequenne dans "Par accident"

Hafsia Herzi, Mounir Margoum et Émilie Dequenne dans "Par accident"

© Ad Vitam

Un regard aiguisé sur la dualité féminine

Si cette première réalisation de Camille Fontaine, jeune diplômée de la Femis et co-scénariste de "Coco avant Chanel" d'Anne Fontaine et de la série "Les Revenants", semble se revendiquer, au départ, un peu "film de filles", ça ne durera pas bien longtemps. Car la relation entre Amra et Angélique va basculer, peut-être un peu trop rapidement, dans un inquiétant rapport de force et précipiter soudainement la trame du côté du thriller psychologique. Dans un duel haletant où le faux et le vrai s'entremêlent continuellement.
Émilie Dequenne dans "Par accident"

Émilie Dequenne dans "Par accident"

© Boris Courret
Camille Fontaine parvient à ménager la tension grâce à son regard aiguisé sur la dualité féminine et la menace sourde qu'elle suggère tout au long de son film. Et pour servir son dessein, il faut dire que la réalisatrice a été bien inspirée de faire appel à Hafsia Herzi, convaincante dans un rôle de jeune femme douce et craintive qui semble taillé pour elle. Sans même parler d'Émilie Dequenne, particulièrement touchante dans celui de la bimbo extravertie et un peu paumée.

La jeune réalisatrice réussit donc un joli coup. Sans vouloir trop en faire, trop en dire et marquer à tout prix les esprits, elle parvient à se montrer tout à la fois ambitieuse et à la hauteur de ses ambitions. 

Drame de Camille Fontaine – Avec Hafsia Herzi, Émilie Dequenne et Mounir Margoum. Durée : 1h24 – Sortie : 14 octobre 2015. 

Synopsis : Un soir, Amra, une jeune algérienne installée en France, renverse accidentellement un piéton. 
Celui-ci reste entre la vie et la mort. Ravagée par la culpabilité et la certitude qu’elle n’obtiendra jamais ses papiers français, elle est miraculeusement innocentée par Angélique, une belle rousse aussi libre et décomplexée qu'Amra est sauvage et introvertie.
Les deux jeunes filles deviennent amies. Mais l’attitude d’Angélique devient de plus en plus étrange, voire inquiétante