"Olmo et la Mouette", OVNI filmique trop hermétique

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/08/2016 à 10H32, publié le 23/08/2016 à 11H09
Dans ce film, la frontière entre fiction et documentaire est ténue 

Dans ce film, la frontière entre fiction et documentaire est ténue 

© Copyright Epicentre Films

Avec "Olmo et la Mouette", la Brésilienne Petra Costa ("Elena") et la Danoise Lea Glob ("Human Female Sexuality") s'aventurent aux frontières de la fiction et du documentaire pour casser les clichés autour de la grossesse, en l'occurrence celle d'une comédienne en mal de théâtre. Si la référence à Tchekhov n'est pas creusée, on reste souvent en périphérie de l'immersion intérieure proposée.

La note Culturebox

2
2/5
La caméra tourne autour des comédiens vêtus de chapka et de fourrures. L'heure est à la répétition. Celle de "La Mouette", pièce d'Anton Tchekov (1898) dont l'argument se mêle aux premières notes de piano qui ouvrent le film. Mais très vite, changement de décor. Les planches de la scène laissent place au parquet de l'appartement d'Olivia et Serge, deux membres de la troupe dont le quotidien se voit bouleversé par un test de grossesse positif. Pour préparer la vie dans son ventre, Olivia doit renoncer au théâtre. Elle se rend compte que sacrifier le premier moteur de son existence ne se fera qu'au prix de longues journées de solitude, empreintes de doutes et de peurs. La peur de vieillir, d'être quittée pour une femme plus jeune ou encore la crainte de pouvoir "par hasard sombrer dans la folie".

 

Briser le mythe de la grossesse idéale

C'est donc ce quotidien dans lequel Olivia se sent coincée, pour ne pas dire prisonnière, que Petra Costa et Lea Glob nous invitent à découvrir. La détresse face au vide, la disparition progressive de l'artiste devant la future mère, d'autres thèmes qui viennent à leur tour écorner le mythe socialement admis de la grossesse heureuse. A tel point que les moments de plaisir du couple sont rares, noyés par le mal-être de la jeune femme que l'on ressent presque dans chaque pièce de l'appartement. Respiration notable, une scène tendre et drôle où Serge s'entraîne avec une maladresse touchante à enfiler un porte bébé en tissu. Les rires échangés avec Olivia sont suffisamment rares pour être notés.

Le reste du temps, le décalage entre leurs quotidiens crée plus d'incompréhension et de distance qu'il ne nourrit de complicité. Serge revient chaque soir avec des répliques de "La Mouette" plein la tête. Sa compagne, jalouse devant cette injustice, souffre silencieusement. Ou presque. Une voix off permet au spectateur de s'immiscer dans les pensées d'Olivia. En réalité, ces confidences intimes ont été enregistrées par son interprète, Olivia Corsini, pendant sa grossesse.

Le spectateur est lé témoin des angoisses et des envies d'Olivia pendant sa grossesse

Le spectateur est lé témoin des angoisses et des envies d'Olivia pendant sa grossesse

© Copyright Epicentre Films

 

Flou

"Je ne saurais dire si c'est un film de fiction ou pas". L'aveu est signé Léa Glob, l'une des deux réalisatrices. Problème, le spectateur, lui non plus, ne sait pas trop à quoi il a affaire. Fiction ou documentaire ? "Olmo et la Mouette" est en réalité un mélange des genres.
 
Olivia et Serge (Nicolaï de son nom) forment un couple à la scène comme à la ville. Tous deux travaillent dans la célèbre troupe du Théâtre du soleil lorsqu'ils rencontrent Petra Costa et Léa Glob. Les deux cinéastes cherchent alors à faire un film "circulaire" où la réalité et les rôles joués s'interpénètrent. Le projet ne manque pas d'ambition. Mais c'est au risque de perdre le spectateur non averti qui sera, par exemple, sans doute surpris de voir les personnages se tourner vers la caméra au beau milieu d'une scène et répondre à une question posée hors champ par l'une des réalisatrices. La méthode rappelle celle des documentaristes. Sans éléments de contexte sur ce processus créatif particulier, on ne parvient pas, encore une fois, à identifier l'objet cinématographique proposé. "Cela importe peu", affirme Léa Glob. C'est malheureusement le contraire. Cette grossesse vécue difficilement par le "personnage" d'Olivia et dont on veut nous faire être le témoin direct est paradoxalement excluante car trop hermétique. Une distance qui ne parvient jamais véritablement à s'effacer.
Olivia enfile une perruque bleue pour attirer l'attention de son compagnon 

Olivia enfile une perruque bleue pour attirer l'attention de son compagnon 

© Copyright Epicentre Films
Comme pour appuyer le propos, le film est truffé de plans où les arrières plans, très flous, viennent flirter avec le contour des visages. Des objets (une boule à facettes miniature, le fond d'un évier durant une vaisselle) comme des parties du corps - les mains notamment- sont filmées en gros plans, tandis que défilent des dialogues le plus souvent en italien et en français. On n'hésite pas à montrer la beauté du corps nu et lisse de la femme enceinte, qui contraste avec un état intérieur fragilisé par les blessures de l'isolement et de l'ennui. Dans un de ses derniers monologues, Olivia raconte qu'elle a besoin d'être "transpercée par les événements". Ce manque d'intensité dans son quotidien, elle est condamnée à le vivre jusqu'au bout. 
L'affiche de "Olmo et la mouette"

L'affiche de "Olmo et la mouette"

© Copyright Epicentre Films

LA FICHE

Drame de Petra Costa, Lea Glob (Français, Danois, Brésilien, Portugais) - Avec : Olivia Corsini, Serge Nicolaï, Arman Saribekyan - Durée : 1h25 - Sortie: 31 août 2016

Synopsis : Alors qu'ils répètent "La Mouette" de Tchekhov, Olivia et Serge découvrent qu'ils attendent un enfant. Olivia réalise alors que la frontière étroite entre sa propre vie et le rôle qu'elle doit jouer s'en trouve bouleversé.