"Night Call" : Jake Gyllenhaal fait une remarquable "télé poubelle"

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 27/11/2014 à 09H58
Jake Gyllenhaal dans "Night Call" de Dan Gilroy

Jake Gyllenhaal dans "Night Call" de Dan Gilroy

© Paramount Pictures France

Scénariste, notamment de "Jason Bourne : l'héritage", Dan Gilroy signe une première réalisation ambitieuse avec "Night Call", joué et produit par Jake Gillenhaal, dans le rôle d'un paumé qui s'improvise cameraman au service d'une chaîne de télévision friande d'images choc : accidents, fusillades, rixes… qui vont faire sa fortune. Une réflexion sur l'info "trash" et ceux qui la font. Passionnant.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

De Dan Gilroy (Etats-Unis), avec :  Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed, Bill Paxton, Ann Cusack - 1h57 - Sortie : 26 novembre

Synopsis : Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n'aura aucune limite... 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
"Night Call" : la bande-annonce

Manipulateur
"Night Call" est comme un condensé de "Network" (1976, Sydney Lumet), pour son traitement d’une chaine de télévision, vu de l’intérieur, et de"Taxi Driver" (1975, Martin Scorsese) pour son personnage parti de rien pour arriver à sa sublimation. Autre rapport avec le film de Scorsese, ses nombreuses scènes de nuit en voiture, à New York dans "Taxi Driver", à Los Angeles dans "Night Call".

Ces rapprochements n’empêchent pas le film d’être d’une grande originalité dans son sujet, la "télévision poubelle" ("Trash Television") étant quotidienne aux Etats-Unis. Parfois détournées, manipulatrices, les images diffusées, pleine de violence, parfois "gore", évoquent quelque "snuff movies" (représentation de morts réelles à l’écran). Lou Bloom (Jake Gillenhaal) petit arnaqueur de basse classe, trouve sa voie dans ce domaine et comme il dit "J’apprends vite". Opportuniste et arriviste, il s’avère un prédateur de premier ordre. Surtout à l’égard de la chef de l’information (Rene Russo) à qui il vend ses sujets, allant jusqu’au chantage, détectant sa fragilité dans la chaîne.

Rene Russo et Jale Gyllenhaal dans "Night Call" de Dan Gilroy

Rene Russo et Jale Gyllenhaal dans "Night Call" de Dan Gilroy

© Paramount Pictures France

Jeu de dupes
Lou Bloom ira d’étape en étape, pour atteindre le sommet, à n’importe quel prix. Peu lui importe : il foule les scènes d’accident ou de crime afin de filmer sous le meilleur angle. Ses abjections n’ont qu’un seul ordre : vendre au meilleur prix les meilleures plans. La chef de l’information ne demande que cela, et sa jubilation devant les images de mort qui lui garantiront l’audience sont éloquentes. Sans parler du rapport sexuel qu’entretient Lou avec elle pour s’immiscer dans la chaîne, impliquant un rapport entre Eros et Thanatos, mais aussi et surtout l’argent, indissoluble.

Dan Gilroy, dans son scénario et son filmage, est parvenu à rendre compte d’un phénomène multi-médiatique. De la télé poubelle, mais aussi de l’utilisation des images filmées par des amateurs avec leur smartphones, utilisés par certains diffuseurs sans vérification. "Night Call" pose plus d’une question sur le traitement de l’information dans les médias contemporains, mais aussi, et surtout, sur ceux qui la traitent. Lou Bloom dépasse les limites de l'acceptable et la conclusion du film, sans en dévoiler la teneur, est plutôt pessimiste. Un état des lieux nocturne et délibéré : visionnaire.