"Neruda", adulé et traqué dans un faux biopic

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 03/01/2017 à 17H08
Luis Gnecco dans "Neruda" de Pablo Larraín

Luis Gnecco dans "Neruda" de Pablo Larraín

© Diego Araya - Fabula - AZ Films - Funny Balloons - Setembro Cine - All Rights Reserved

Au carrefour de la politique et du cinéma, avec "Post Mortem" et "No", le réalisateur chilien Pablo Larrain est en territoire connu en prenant comme sujet Pablo Neruda, poète phare du Chili, écrivain, diplomate, très engagé auprès des communistes et personnalité politique forte. Avec "Neruda", ce n’est pas tant un biopic que réalise Pablo Larrain, mais une évocation poétique du grand homme.

La note Culturebox

3
3/5

Neruda / Burroughs, même combat ?

Larrain prend Neruda en 1948, quand, alors sénateur et soutien du président Videla fraîchement élu, il s’oppose vertement à sa politique de droite et se voit destitué, contraint à fuir, menacé d’arrestation. Sur cette base de départ, le cinéaste chilien construit un film tout en référence au cinéma de genre : espionnage, policier, jusqu’au western. Plutôt que coller à l’histoire, mais tout en en gardant la trame, il préfère évoquer la personnalité de son modèle et, comme lui, faire œuvre de création, à partir du réel.
"Neruda" : la bande annonce

La démarche n’est pas sans rappeler celle de David Cronenberg quand il adapte "Le Festin nu" de William S. Burroughs, où il entremêle à l’œuvre littéraire beaucoup d’éléments biographiques, effectuant quelque peu le chemin inverse de Larrain. Ce rapprochement Neruda/Burroughs n’est pas isolé. Dans les deux cas, il s’agit d’écrivains, de la même génération, contraints tous les deux à l’exil, pour des raisons politiques (Neruda), pénales (Burroughs, meurtrier de sa femme par accident). Tous deux ont également un fort rapport au sexe et si Burroughs se "shoote" à l’héroïne, Neruda, c’est à la politique.

Course à l’échalote

Un univers onirique rapproche les deux hommes dans leur créativité, mais les personnalités demeurent très différentes. Cronenberg partait sur une pente fantastique, et comme on l’a dit, Larrain sur celles d’autres références au cinéma de genre. Le Chilien est toutefois beaucoup plus ludique, jouant d’une mise en scène presque parodique. Luis Gneco joue un Pablo Neruda très vert, enlevé, presque excentrique, à l’emphase facile, qui se sait adulé ; plein de vie. Face à lui, Gael Garcia Marques interprète un inspecteur zélé, obsédé par sa cible, mais aussi fasciné par elle. Neruda s’amuse avec lui, semant des indices, dans un jeu du chat et de la souris pimenté autant que dangereux.

Gael García Bernal dans "Neruda" de Pablo Larraín

Gael García Bernal dans "Neruda" de Pablo Larraín

© Piffl Medien

Le film est une poursuite, un road movie, une course à l’échalote pleine de verve, à l’image d’un être pétri de vie. Les dernières scènes, à cheval dans la neige, renvoient au "Grand silence", le western spaghetti mythique de Sergio Corbucci. Lorrain s’amuse, clôturant sur une dernière note épique, et un second degré constant auquel Neruda n’aurait pas été insensible.

"Neruda" : l'affiche française

"Neruda" : l'affiche française

© Wild Bunch Distribution

LA FICHE

Drame de Pablo Larrain (Chili/Argentine/France/Espagne), Avec :  Luis Gnecco, Gael García Bernal, Mercedes Morán, Diego Muñoz, Pablo Derqui - Durée : 1h48 - Sortie : 4 janvier 2017
Synopsis : 1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.