"Naguima" : dans le cœur des enfants perdus

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Publié le 23/11/2014 à 08H00
"Naguima" de Janna Issabaeva

"Naguima" de Janna Issabaeva

© Paname Distribution

Difficile de trouver plus tragique et plus sombre que ce film kazakh, primé au dernier festival du cinéma asiatique de Deauville. L'œil et la direction d'acteurs de Janna Issabaeva le rendent néanmoins attachant.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

Drame kazakh de Janna Issabaeva – Avec Dina Tukubaeva, Galina Pianova, Maria Nejentseva et Aidar Mukhametzhanov – Durée : 1h17 – Sortie : 26 novembre 2014

Synopsis : Kazakhstan de nos jours. Naguima, jeune femme réservée, abandonnée à la naissance, partage une chambre dans un quartier-dortoir d'Almaty avec sa sœur de cœur, Ania, rencontrée à l'orphelinat. Enceinte, Ania meurt lors de l'accouchement. A nouveau seule, Naguima va tenter de reformer une famille…
Des plans longs, précis, impeccablement composés. D'un décor sinistre – une misérable banlieue-dortoir du Kazakhstan - Janna Issabaeva tire une image remarquable, esthétique et graphique.

Dire que "Namigua" est un film grave serait un doux euphémisme. Son histoire est terrible, intensément noire. Naguima, 18 ans, parle peu, travaille beaucoup et est traitée avec un mépris absolu. Orpheline, elle est ici une sorte d'intouchable, condamnée à un sort tragique, inéluctable.

Rejetée, elle mendie quelques mots d'amour pour avoir le courage de survivre quelques instants encore. Lorsque son amie, sœur de cœur, disparaît en couches, il ne lui reste plus rien. Répudiée une seconde fois par sa mère naturelle, la jeune fille va toucher le fond.
"Naguima" de Janna Issabaeva. © Paname Distribution
Janna Issabaeva dit avoir eu l'idée de faire ce film en découvrant que, dans son pays, tous les orphelins recevaient le nom et l'adresse de leurs parents biologiques, une fois leurs études terminées. Et que 80% d'entre eux tentent de renouer le contact.

Dina Tukubaeva et Maria Nejentseva, qui "jouent" pour la première fois, sont bouleversantes. La réalisatrice les a trouvées dans des orphelinats kazakhs où elles ont toutes deux vécu des situations analogues. Peu de mots sont prononcés, les bavardages sont inutiles dans cet environnement hostile, où la seule trace d'humanité se trouve dans le regard de Nina, la prostituée.
"Naguima" de Janna Issabaeva -- © Paname Distribution
Film à petit budget, tourné avec un appareil photo, "Naguima" ne laisse pas insensible, il peut même retourner le cœur. Trouver une lueur d'espoir dans ce drame relève de l'impossible.