"Mezzanotte", un film troublant sur le droit à la différence

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 23/06/2015 à 10H50
Davide Capone dans "Mezzanotte" de Sebastiano Riso

Davide Capone dans "Mezzanotte" de Sebastiano Riso

© Cristina di Paolo Antonio

Projeté à la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2014, et dans bien d'autres rencontres cinématographiques, "Mezzanotte", premier film de Sebastiano Riso ne fait pas dans la facilité. Il aborde la marginalité d'un adolescent de 14 ans, en conflit avec son père, qui va se réaliser auprès d'un groupe de prostitués gays de la ville de Catane, en Sicile.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆


Androgyne

Récit initiatique d'un jeune garçon différent en rupture de ban, "Mezzanotte", dont le titre original est "Plus noir qu'à minuit", est l'histoire d'une fugue. Celle de Davide, dont le physique androgyne se reflète jusque dans son prénom (qui est également celui du jeune acteur Davide Capone). Son visage fin et ses cheveux longs le désignent comme une jeune fille mais la scène d'ouverture, dans son grenier-refuge dédié au David Bowie des années 70, retire d'emblée toute ambigüité.

Le trouble est cependant entretenu, Sebastiano Riso jouant d'une double temporalité tout le long du film. Celle-ci est seulement détectable par la longueur de la chevelure de Davide. Son père lui coupe les cheveux pour justement atténuer son physique androgyne. Il y a ainsi un avant et un après. Mais cette "castration" n'aura aucun effet sur la nature profonde de Davide. Il y a bien longtemps qu'il a fait son choix, en rejoignant un groupe de prostitués gays de la ville auxquels il s'identifie, mais sans passer à l'acte.

"Mezzanotte" : la bande-annonce


Dérangeant

Tous l'adoptent. Il y trouve une famille de substitution, son père ne cessant de le réprimander, alors que sa mère, compatissante, ne parvient à réfréner l'emportement de son mari. Le groupe est hétéroclite, sous la gouverne d'une transformiste blonde, en phase de changer de sexe. Attiré par ces personnalités qui assument leur différence, Davide va progressivement glisser vers sa préférence pour les hommes. Ce n'est pas l'appât du gain qui l'attire, mais une expérience, viscérale. Il s'y adonnera finalement, et vu son jeune âge (14 ans), nous sommes en pleine pédophilie. Ce qui n'est pas sans poser problème dans cette conversion précoce. Provocation envers le père, besoin d'intégration au groupe, manifeste d'indépendance ?...

"Mezzanotte" de Sebastiano Riso 

"Mezzanotte" de Sebastiano Riso 

© Cristina di Paolo Antonio

Sebastiano Riso se réclame pour partie de Pasolini dans son film. Il est exact que le sujet, le milieu interlope dans lequel il évolue, renvoient au réalisateur de "Théorème". Mais le cinéaste évoque également "Moi, Christiane F" (1981) de Uli Edel, sur une ado de 13 ans se prostituant pour se procurer de l'héroïne. C'est dire si "Mezzanotte" peut être par bien des aspects dérangeant, même s'il ne comporte aucune séquence scabreuse. Son sujet, son script, son univers lèvent le voile sur un monde de l'ombre dans lequel s'enferment des individus rejetés. Le film participe ainsi de leur émancipation par rapport aux préjugés. Être dérangé par un film est souvent profitable.

Mezzanotte

De Sebastiano Riso (Italie), avec :  Davide Capone, Pippo Delbono, Vincenzo Amato, Micaela Ramazzotti - 1h34 - Sortie : 24 juin 2015

Synopsis : Parce qu’il est différent, Davide, adolescent androgyne de 14 ans, est persécuté par son père. Il décide de quitter le foyer familial pour trouver refuge à la Villa Bellini, un parc de Catane. Ce parc est un monde en soi, habité par des marginalisés que la ville préfère ignorer. Au moment où son passé le rattrape, Davide va devoir prendre seul la décision la plus dure de sa vie, sans aucune échappatoire.