"Max & Lenny", deux comédiennes et une ville brûlantes

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 14/02/2015 à 12H28, publié le 14/02/2015 à 12H15
Jisca Kalvanda et Camélia Pand'or dans "Max et Lenny"

Jisca Kalvanda et Camélia Pand'or dans "Max et Lenny"

© Shellac

Assistant de Robert Guédiguian et de nombreux réalisateurs, Fred Nicolas signe son premier film et c'est une réussite ! Aidé par des comédiennes exceptionnelles, il dresse le portrait de deux jeunes femmes des quartiers Nord de Marseille. Entre Lenny, la rappeuse rebelle et taciturne, et Max, la Congolaise sans-papiers, c'est une amitié profonde qui se noue.

La note Culturebox
5 / 5                  ★★★★★

Drame français de Fred Nicolas – Avec Camélia Pand'or, Jisca Kalvanda, Adam Hegazy et Avie Bitemo – Durée : 1h25 – Sortie : 18 février 2015

Synopsis : Lenny est une adolescente sauvage et solitaire d'une cité des quartiers nord de Marseille. C’est par le rap qu’elle exprime les difficultés de son quotidien. C’est aussi par lui qu’elle réussit à s’en évader. Un soir, alors qu’elle répète en cachette dans un chantier à l’abandon, Lenny rencontre Max, une jeune Congolaise sans-papiers qui tombe sous le charme de sa voix et de la puissance de ses mots.
Tourné en cinq semaines dans la Cité du Consolat dans les quartiers Nord de Marseille, ce film fait mouche. D'abord par son image, spectaculaire. Au pied des collines, les barres d'immeubles fatiguées côtoient dans un même décor le port et la Méditerranée, tandis que le flot continu du périphérique génère un incessant bruit de fond.

C'est là que Lenny survit, poète et zonarde solitaire. Remontée contre tout le monde, ce quartier, ses dealers, ceux de la cité voisine ou les services sociaux qui lui ont pris sa fillette. Dans des no man's lands avec vue sur la grande bleue, Lenny met des mots sur sa rage, son rap éclate comme l'orage. Elle le garde pour elle seule, incapable de baisser la garde et de le partager.
Camélia Pand'or dans "Max et Lenny" © Shellac
Max, qui va rentrer dans sa vie, est son exact contraire. La lycéenne congolaise assume seule l'éducation de ses frères et les soins d'une grand-mère à bout de souffle. Et elle sourit, encore et toujours. "Toi, t'aurais le ciel qui te tomberait sur la tête, tu le remercierais", se moque Lenny. "Ben oui, je suis polie", se gondole Max. La rencontre de ces deux enfants perdus est magique. Max a trouvé la clé du coffre, et Lenny libère ses sentiments et ses mots.

Aidé par François Bégaudeau ("Entre les Murs") qui co-signe le scénario, Fred Nicolas s'est inspiré de l'histoire vraie de la rappeuse marseillaise Keny Arkana pour construire ce film magnifique, d'un réalisme cru, sans donner de leçons ni verser dans la caricature. Flics, services sociaux ou dealers sont incarnés avec justesse.
"Max et Lenny" de Fred Nicolas © Shellac
Plusieurs scènes sont particulièrement bouleversantes, telles les rencontres de Lenny avec sa petite fille de deux ans, élevée dans un foyer. Et lorsque les mots explosent, nourris de chair et de colère, ils résonnent comme jamais. "On me dit d'être peace and love, mais j'ai l'amour et la haine qui se mélangent", chante Lenny, alias Camélia Pand'or, qui joue aussi bien qu'elle rappe. Histoire de filles d'aujourd'hui, "Max et Lenny" réussit son coup, évitant les poncifs, porté par deux comédiennes lumineuses et par l'inspiration d'une caméra sur cette ville plus brûlante que jamais.