Matt Damon est "Jason Bourne", seul contre tous

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 10/08/2016 à 15H24, publié le 09/08/2016 à 17H47
Matt Damon dans "Jason Bourne" de Paul Greengrass

Matt Damon dans "Jason Bourne" de Paul Greengrass

© Universal Pictures International France

Cinquième film de la série, et quatrième avec Matt Damon, la franchise "Jason Bourne" est d’une tenue constante, parvenant à relancer ses intrigues tordues d’espionnage et à en mettre plein la vue, comme film d’action. A la caméra, Paul Greengrass reprend pour la troisième fois du service, comme initiateur de la licence avec "La Mort dans la peau" (2004) et "La Vengeance dans la peau" (2007).

La note Culturebox

3
3/5

Jason Bourne VS James Bond

On a souvent qualifié Jason Bourne de néo-James Bond. Si l'aura des deux espions est très différente, ils entretiennent plus d’un point commun. Tous deux tuent froidement, enchaînent des poursuites homériques et voyagent beaucoup à travers le monde. Sur ce dernier point, Bond fut un héros populaire qui développa auprès du public le goût du voyage et condensa le passage de l’usage du train à l’avion, que l’on pourrait voir à l’œuvre entre "Bons Baisers de Russie" (1963), avec son anthologique scène de l’Orient-Express, et "Goldfinger" (1964), avec l’escadrille aérienne de Pussy Galor et le final dans l'aéronef privé du magnat de l’or. Avec Jason Bourne, c’est l’usage de tout un arsenal cybernétique qui marque le passage d’une époque à une autre.
"Jason Bourne" : la bande annonce
Ordinateurs, tablettes, mobiles, drones, GPS, satellites… alimentent à forte dose le déroulement des intrigues qui sans tout cet attirail ne seraient pas. S’il prolifère dans "Jason Bourne", c’est que le public l’a complètement intériorisé tout en le faisant rêver, comme le prouve les phénomènes engendrés par la mise sur le marché de chaque dernier produit électronique. James Bond, c’est l’espionnage à la papa (même s’il a su s’adapter), Jason Bourne, c’est le cyber-espionnage. Jason Bourne cultive de plus le thème de la théorie du complot, propre à la culture internet, en remettant en cause les grandes instances internationales, en l’occurrence la CIA. Pour toutes ces raisons, la franchise est le fruit de son époque, ce qui se vérifie encore dans le dernier opus, emblématiquement et sobrement titré du nom de son héros, "Jason Bourne".
Vicent Cassel dans "Jason Bourne" de Paul Greengrass

Vicent Cassel dans "Jason Bourne" de Paul Greengrass

© Universal Pictures International France

Solitude

Ce cinquième film a d’emblée le mérite de mettre le spectateur à son aise quant à l’intrigue générale, en parsemant habilement son déroulement de piqûres de rappel sur la nature si particulière de son héros, tant à l’usage des initiés que des béotiens. Ce qui n’est pas évident au regard des films d’espionnage, souvent alambiqués. Car si l’action poursuites, fusillades, bagarres… est au cœur du film, elle ne défavorise pas les enjeux du scénario, particulièrement ici, où un alter ego de Mark Zuckerberg (créateur de Facebook) fricote avec le directeur de la CIA (remarquable Tommy Lee Jones) en le cachant aux utilisateurs de son réseau.

Reportage : P. Deschamps et E. Urtiado
Si beaucoup de facteurs vont au bénéfice du film, on regrettera des ficelles plus convenues. Comme le sauvetage in extremis du héros par l’héroïne, qui reste toutefois ambigüe jusqu’à la fin, ou la quête du père disparu, la trahison collégiale, voire la mise en cause des instances intérieures, ici la CIA, déjà au cœur de "Captain America - Le Soldat de l’hiver" et "Avengers : Civil War". Jason Bourne n’est toutefois pas un superhéros : il rame, il sue, il saigne. Mais il a en commun avec eux, une extrême solitude et un sempiternel isolement. Personne ne l’aide, il n’inspire pas confiance et est vécu comme une menace. Matt Damon est véritablement l’incarnation de Jason Bourne, rôle qui lui restera collé à la peau (il est d’ailleurs coproducteur du film). Il est entouré d’acteurs de talent qui y croient, avec notamment un Vincent Cassel impressionnant en tueur implacable. Paul Greengrass est quant à lui le maître de la situation, aux commandes d’une caméra nerveuse, et d’un montage au cutter, qui dynamitent les scènes d’action, au service d’un thriller bluffant.
"Jason Bourne" : l'affiche française

"Jason Bourne" : l'affiche française

© Universal Pictures International France

LA FICHE

Thriller de Paul Greengrass (Etats-Unis) - Avec : Matt Damon, Tommy Lee Jones, Alicia Vikander, Vincent Cassel, Julia Stiles - Durée : 2h03 - Sortie : 10 août 2016

Synopsis : La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas...