"Martha Marcy May Marlene" : victime d'un avatar de Charles Manson

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 29/02/2012 à 19H01
Elizabeth Olsen et John Hawkes dans "Martha Marcy May Marlene" de Sean Durkin

Elizabeth Olsen et John Hawkes dans "Martha Marcy May Marlene" de Sean Durkin

© Twentieth Century Fox France

De Sean Durkin (Etats-Unis), avec : Elizabeth Olsen, John Hawkes, Sarah Paulson - 1h41 - Sortie : 29 février

Synopsis : Après avoir fui une communauté sectaire et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa.
 

Mise en scène inventive
Prix Regard jeune au dernier Festival de Cannes, « Matha Marci May Marlene », premier film de Sean Durkin, est un pur produit du cinéma indépendant américain,  par  l’exigence de sa forme, en parfaite continuité avec son sujet. On imagine ce que le traumatisme vécu par une jeune femme dans une communauté sectaire aurait pu donner dans le cadre d’une production plus classique.

Histoire d’un traumatisme, donc, « Martha » réussit la gageure de nous faire toucher des yeux l’esprit perturbé d’une jeune fugueuse qui après s’être enfuie de l’emprise d’un personnage charismatique à la tête d’un groupe sous sa coupe ne parvient pas à s’en extraire, alors qu’elle a rejoint le giron familiale en la personne de sa sœur et de son beau-frère. Sean Durkin inscrit cette emprise en passant constamment de la communauté à la maison refuge, sans que l’on sache au début de chaque plan si l’on se trouve dans l’une ou l’autre. Il y a toujours comme un temps suspendu, flottant, où l’on se demande où l’on est, avant qu’un indice nous le révèle. Une véritable idée de mise en scène, parfaitement maîtrisée et signifiante.

Elizabeth Olsen dans "Martha Marcy May Marlene" de Sean Durkin

Elizabeth Olsen dans "Martha Marcy May Marlene" de Sean Durkin

© Twentieth Century Fox France

Dans l'ombre de Charlie Manson
Sean Durkin a mené enquête avant de s’attaquer à son sujet, sans jamais inscrire dans son film une référence à une quelconque secte ou communauté sectaire existante ou ayant existé. Pourtant, celle qu’il décrit évoque terriblement la « famille Manson » qui reste emblématique pour avoir perpétré l’assassinat de Sharon Tate et de quatre autres personnes à Hollywood en 1969. Il expose parfaitement le charme et la fascination qu’exerçait Charles Manson sur ses adeptes, et notamment les femmes, jusqu’à les pousser au meurtre en les initiant aux armes, avec un discours libérateur qui tient autant de la pratique d’une sexualité débridée, tout en passant par l’asservissement, et à une magnification de la mort. Seule différence entre Manson et le Patrick du film : l’absence de référence sataniste chez ce dernier.

Mais Sean Durkin ne réalise pas un film inspiré de la famille Manson. Son sujet porte sur les modes opératoires que des êtres similaires peuvent avoir sur leurs victimes, et leurs conséquences psychologiques. Pendant tout film l’on se demande si Martha vit réellement le harcèlement de la communauté sur elle après l’avoir fuie, ou si c’est une projection de l’esprit, symptôme d’une paranoïa  qui pourrait la conduire à l’hôpital psychiatrique. Cette impression issue d’une mise en scène remarquable, doit également beaucoup à la révélation que s’avère être Elisabeth Olsen dans le rôle de Martha. Ce premier film consacre en même tant le talent d’un jeune cinéaste qui par cette réussite inaugurale sera sans doute sollicité par les grands studios. Reste à ce qu’il garde son indépendance de ton, si les petits cochons ne le mangent pas.