"Mademoiselle", l’érotisme selon Park Chan-Wook

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/11/2016 à 00H18, publié le 01/11/2016 à 00H17
Mademoiselle © The Jokers / Bac Films

Park Chan-Wook s'est imposé comme un cinéaste majeur de la vague coréenne, et comme un cinéaste majeur tout court, depuis "Old Boy" (2003). Il était pour la troisième fois à Cannes cette année, avec "Mademoiselle" où il conte la rencontre charnelle d’une jeune servante et d’une riche japonaise dans un manoir de la Corée des années 30. Un thriller jouissif, mais un peu sage pour le cinéaste.

La note Culturebox

4
4/5
Park Chan-wook est un virtuose. De ceux qui parviennent avec brio à sublimer la cruauté, le sadisme. Qui les esthétisent avec une beauté sans égale. L’un des apôtres de l’ultra-violence, pure, brutale et sanglante a décidé avec ce "Mademoiselle", de poursuivre dans sa veine, en y ajoutant quelques ingrédients qu’il gardait, jusque-là, secret. Son film est également un hommage à "La Servante" (1960) de Kim Ki-Young, film phare et fondateur du cinéma sud-coréen moderne.
Mademoiselle : la bande annonce

Enivrant

Un érotisme enivrant et un regard acerbe sur une période sensible de l’histoire de son pays. La Corée des années 30, pendant la colonisation japonaise, en se concentrant sur une toute jeune femme, Sookee (Kim Tae-ri), engagée comme servante d’une riche japonaise, Hideko (Kim Min-Hee), vivant recluse dans un majestueux et inquiétant manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee n’est certainement pas une femme de chambre habituelle. Un escroc, prétendument comte (Jung-woo Ha) a d’autres plans pour elle. Pour lui. D’ailleurs Hideko non plus, n’est sans doute pas qu’une bien heureuse ingénue. Dans ce triangle sensuel et captivant, lequel s’amuse de l’autre ?

"Mademoiselle", Park Chan-wook © The Jokers / Bac Films

C’est la troisième fois que le cinéaste sud-coréen, qui avait frôlé la Palme d’or en 2004 pour son percutant "Old Boy" contant l’histoire d’un père de famille sans histoire et de la traque ahurissante qu’il mènera pour retrouver les meurtriers de sa femme, voit un ses films présentés en compétition officielle. Il était reparti, cette année-là, avec le Grand prix du Festival. Et on imagine bien toute l’influence que Tarantino, alors président du jury, avait pu avoir sur cette décision. Toute l’influence de Tarantino sur le cinéma de Chan-wook. Sans le raffinement et cette infinie stylisation propres au second.

Comme il le prouvera encore avec "Thirst", film de vampires inspiré du "Thérèse Raquin" d’Émile Zola, reparti avec le Prix du jury. Oui, Chan-wook est capable de toutes les excentricités. Pour le pire quelque fois comme avec ce "Je suis un cyborg" (2007) dont on attend encore qu’on nous explique le sens, mais souvent pour le meilleur.

Apaisé

On découvre, avec ce "Mademoiselle", un Chan-wook différent. Presque apaisé, à rebours de ce qu’il avait pu nous montrer jusque-là. Mais un Chan-wook peut-être malheureusement un peu trop apaisé. Trop sage.

"Mademoiselle", Chan-wook © The jokers

La mise en scène en scène chirurgicale, les cadrages et la photgraphie magnifiques ou les mouvements de caméra magistraux sont encore bien là. Rarement scènes de sexe n’aura été si raffinée. Et Chan-wook de nous livrer sans doute le plus beau 69 de l’histoire du cinéma. Le suspense d’inspiration hitchcockienne comme pour sa précédente réalisation, "Stoker", est lui assi efficace.

Mais si les retournements de situation surprennent lorsque le film bascule dans sa deuxième partie, Chan-wook se révèle  trop démonstratif. Même son esthétisme prend parfois le pas sur l’intrigue et on en vient à douter de l’utilité de certains plans, certes sublimes, mais d’une longueur languissante.

Il n’empêche, et s’il ne livre sans doute pas là sa meilleure réalisation, Park Chan-wook parvient malgré tout à nous embarquer dans un thriller jouissif, où le romantique le dispute, peut-être trop, à la violence et à l’ivresse charnelle. 

"Mademoiselle" : teaser cannois

LA FICHE

Drame de Park Chan-Wook (Corée du Sud) - Avec Kim Min-Hee, Kim Tae-ri et Jung-woo Ha -  Durée : 2h25 - Sortie : 1er novembre 2016

Synopsis : Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vit dans un immense manoir avec son oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…