"Loin de la foule déchaînée" : Thomas Vinterberg adapte Thomas Hardy

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 03/06/2015 à 16H14
Carey Mulligan dans "Loin de la foule déchaînée" de Thomas Vinterberg

Carey Mulligan dans "Loin de la foule déchaînée" de Thomas Vinterberg

© Twentieth Century Fox 2015

C'est la deuxième fois que "Loin de la foule déchaînée" est adapté au cinéma après la version qu'en a donnée John Schlesinger en 1967 avec Julie Christie, Terence Stamp, Peter Finch et Alan Bates. Pas facile de renouveler un tel casting. Thomas Vinterberg s'attelle à la tâche, alors qu'on ne l'attendait pas sur ce terrain, plutôt académique.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

Affranchies

Roman de Thomas Hardy (1840-1928), l'auteur de "Tess D'uberville" (1901),"Loin de la foule déchaînée" (1901) recoupe pour beaucoup les thèmes de ce roman adapté par Roman Polanski en 1979. Les deux textes ont connu plusieurs versions dans les années 1910 et 20, mais elles ont moins marqué. Après un "Festen" (1998) resté dans les mémoires, Thomas Vinterberg est un peu parti dans tous les sens ("It's All About Love", "La Chasse", en compétition à Cannes en 2012)…

Etonnant de le voir dans un registre plus classique, même si le roman, à l'époque, pouvait poser problème. Poète avant tout, Hardy s'est penché dans ses romans, considérés comme "naturalistes" - à l'instar de l'école française éponyme - sur la condition féminine. Il y fait le portrait de femmes fortes, de tête, confrontées à une société machiste dont elles ont du mal à s'affranchir. Si elles parviennent à prendre le large, c'est à leurs dépends. 

"Loin de la foule déchaînée" : la bande-annonce

Droit dans ses bottes

La prégnance des classes est essentielle dans "Tess" comme dans "Loin de la foule déchaînée". Dans le premier, la jeune femme est comme livrée à un aristocrate parvenu mis en concurrence avec un laitier. Dans le second, Bathsheba Everdene (Carey Mulligan) est tiraillée entre un berger, un riche agriculteur et un sergent de noble condition. Elle fera évidemment le mauvais choix, en tombant dans les rets du plus falot et d'un fat qui ne vise que sa fortune. Toutefois, sans dévoiler la fin, tout rentrera dans l'ordre.

Dans cette galerie de portraits, le casting est parfaitement à la hauteur. Notamment le génial Mathias Schoenaerts (Gabrile Oak, le berger), dont la carrière ne fait que se confirmer depuis "Bulhead" (2011). Pourvu que ça dure ! La mise en scène s'affirme, elle, droit dans ses bottes, bien au carré, un peu trop même. Vinterberg capte bien toute la beauté bucolique de la campagne anglaise, mais il tombe un peu trop systématiquement dans des cadrages serrés sur ses acteurs, avec des champ-contre-champ faciles. L'on aurait aimé un peu plus de liberté dans cet académisme de circonstance, même si la facture est bien tenue et belle. Mais elle tourne un peu en rond et l'on est loin du "Tess" de Polanski.
Carey Mulligan et Matthias Schoenaerts dans "Loin de la foule déchaînée" de Thomas Vinterberg

Carey Mulligan et Matthias Schoenaerts dans "Loin de la foule déchaînée" de Thomas Vinterberg

© Twentieth Century Fox 2015

Loin de la foule déchaînée

De  Thomas Vinterberg (Grande-Bretagne/Etats-Unis), avec :  Carey Mulligan, Matthias Schoenaerts, Michael Sheen, Tom Sturridge, Juno Temple, Jessica Barden - 1h59 - Sortie : 3 juin 2015

Synopsis : Dans la campagne anglaise de l’époque victorienne, une jeune héritière, Bathsheba Everdeene, doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous à commencer par ses ouvriers. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse. Qu’à cela ne tienne, elle se fait courtiser par trois hommes, le berger Gabriel Oake, le riche voisin Mr Boldwood et le Sergent Troy.