"Les suffragettes", pionnières du féminisme à l'anglaise

Par @Culturebox
Publié le 16/11/2015 à 17H54
Carey Mulligan et Helena Bonham Carter dans "Les Suffragettes"

Carey Mulligan et Helena Bonham Carter dans "Les Suffragettes"

© Pathé Distribution

Dans "les suffragettes", Sarah Gavron, jeune réalisatrice anglaise, met en scène les féministes de la classe ouvrière qui se sont battues au début du siècle dernier en Angleterre pour le droit de vote. Un film d'époque intense mais qui ne parvient jamais à sortir du mélodrame social attendu.

La note Culturebox

3
3/5
Un film de portrait. Le portrait de femmes de la classe ouvrière opprimées par leurs maris, leurs patrons. Le portrait de ces femmes se tuant à l'usine sans avoir jamais la possibilité de formuler une opinion. Le portrait de ces femmes, avant qu'elles n'aient de voix.

Celui surtout de Maud (Carey Mulligan) qui s'épuise dans une obscure blanchisserie où elle travaille depuis l'âge de 7 ans. Une femme qui va se battre, au début du XXe siècle à Londres, avec des centaines d'autres, pour obtenir le droit de vote. Un film important, intense. Un film à faire et qui n'avait jamais été fait. C'est la première fois en effet que ce sujet est traité dans un long métrage. Et c'est une jolie réussite.
Carey Mulligan dans "Les Suffragettes"

Carey Mulligan dans "Les Suffragettes"

© Pathé Distribution

Se battre pour sa liberté

Celle surtout de ses actrices, avec en première ligne Carey Mulligan qui campe donc le rôle d'une ouvrière londonienne mariée à un collègue (Ben Whishaw) et mère d'un petit garçon. Elle nous sert de passeur en nous permettant de l'accompagner dans une histoire où elle pénètre un peu sur la pointe des pieds. Elle s'apprête à suivre les traces d'Emmeline Pankhurst (Meryl Streep), qui fonda en 1903 la Women's Social and Political Union. C'est elle qui, la première, en dépit des moqueries et des railleries des hommes et de nombreuses femmes, la pousse à se battre pour sa liberté.
 
Lasse d'avoir milité pacifiquement pour rien pendant des décennies, Emmeline Pankhurst appelle à la révolte. Jets de pierre dans les vitrines, manifestations ou incendies, c'est par la désobéissance civile que leur combat va véritablement débuter. Un combat que rejoindra rapidement Maud, séduite par son courage et surtout écœurée par l'injustice et la violence quotidienne. Celle de son patron violeur et de ce pays qui la nie. Elle va alors, avec d'autres suffragettes dont Édith (Helen Bonham Carter), une ancienne pharmacienne passé maîtresse-artificière, s'engouffrer dans les actions clandestines. Sorte de Femen à la Belle Époque, les coups de matraques de la police et les cellules fétides dans lesquelles elles seront jetées ne feront que renforcer leur conviction.
Meryl Streep dans "Les Suffragettes"

Meryl Streep dans "Les Suffragettes"

© Pathé Distribution

Une reconstitution trop appliquée

Carey Mulligan est tout simplement magistrale. Méconnaissable en ouvrière textile du début du siècle dernier, elle est aux antipodes de tout ce qu'elle a pu faire jusque-là. Et là voilà qui porte sur ses frêles épaules cette histoire considérable, ce film considérable, auquel on peut parfois reprocher quelques aspects romantiques. Surtout dans ce décor londonien qui sent un peu la naphtaline par sa reconstitution peut-être trop appliquée. Pas assez crue, pas assez vivant, les personnages sont parfois un peu engoncés dans ce Londres de 1912 qui manque cruellement de nervosité. Le scénario, certes habile dans la mesure où il se sert d'un personnage fictif pour présenter quelques figures reconnues de l'époque, souffre d'une sorte de classicisme et d'une narration chronologique sans grande originalité qui ne parvient jamais à sortir des rouages du mélodrame social.
Il n'empêche, la réalisatrice Sarah Gavron a le mérite de faire autre chose du droit de vote des femmes qu'un repère spatio-temporel un peu flou dans nos mémoires. Et ce jusqu'au générique final qui nous rappelle amèrement que la plupart des problématiques soulevées dans ce film reste tristement d'actualité. 

Drame de Sarah Gavron – Avec Carey Mulligan, Helena Bonham Carter et Meryl Streep – Durée : 1h46. Sortie : 16 novembre 2015
 
Synopsis : Au début du siècle dernier, en Angleterre, des femmes de toutes conditions décident de se battre pour obtenir le droit de vote. Face à leurs revendications, les réactions du gouvernement sont de plus en plus brutales et les obligent à entrer dans la clandestinité pour une lutte de plus en plus radicale. Puisque les manifestations pacifiques n’ont rien donné, celles que l’on appelle les suffragettes finissent par avoir recours à la violence pour se faire entendre. Dans ce combat pour l’égalité, elles sont prêtes à tout risquer: leur travail, leur maison, leurs enfants, et même leur vie. Maud est l’une de ces femmes. Jeune, mariée, mère, elle va se jeter dans le tourbillon d’une histoire que plus rien n’arrêtera…