"Les Habitants" : c'est arrivé près de chez vous

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 19/11/2013 à 17H06, publié le 26/12/2012 à 12H34
"Les Habitants" de Alex Van Warmerdam

"Les Habitants" de Alex Van Warmerdam

© Ed Distribution

Réalisé en 1992, sorti en France en 1995, « Les Habitants » réoccupent nos écrans à l’occasion d’une reprise très bienvenue. Comme le dit lui-même le co-créateur de "Grosland" dans la bande-annonce, (re)découvrez un des films de chevet de Benoît Delépine.

De Alex Van Warmerdam (Pays-Bas - 1995), avec : Alex Van Warmerdam, Annet Malherbe, Leonard Lucieer - 1h45 - reprise : 26 décembre

Synopsis Une femme qui, sur les conseils dʼune statue de Saint-François, se prive de nourriture pour plaire au Seigneur. Un enfant qui, fasciné par la guerre civile au Congo, se déguise en Noir et se fait appeler Lumumba. Un facteur bien indiscret, un garde-chasse myope et stérile, un boucher à l'appétit sexuel débordant qui ne manque pas dʼimagination pour capturer ses proies. Voici quelques éléments dʼune comédie des plus insolites sur la vie des habitants dʼun lotissement perdu, dans le Nord de lʼEurope.
"Les Habitants" : la bande-annonce
Des habitants habités
Si « Les Habitants » est classifié dans le genre « comédie », c’en est une des plus noires. Situé à la fin des années 50 dans un lotissement en devenir et à l’abandon, entre un petit bois aux arbres trop bien alignés pour être honnête et ce que l’on devine être un polder, le film du Néerlandais Alex Van Warmerdam s’inscrit dans une tradition de ton du cinéma nordique. S’y’entremêlent une vision sombre de nos mœurs contemporaines et un humour décalé frisant avec le surréalisme.

C’est dire si « Les Habitants » se démarque des productions lambda, le film ayant ses inconditionnels pour sa vision acerbe des mœurs policée, morales, sinon rigoristes des sociétés nordiques, derrières lesquelles se dissimulent  frustrations et fantasmes aux conséquences dangereuses pour ceux-là mêmes qui les défendent. Lisible dans le scénario, la thèse, si thèse il y a, est servie par une mise en scène très en phase avec son propos, à la mise en images froide et distante, comme entomologique, de ce microcosme pris en flagrant délit de dérapages.
"Les Habitants" de Alex Van Warmerdam

"Les Habitants" de Alex Van Warmerdam

© Ed Distribution
Burlesque noir
Le style à la prépondérance visuelle des « Habitants » a souvent identifié le film à ceux de Jacques Tati ou de Pierre Etaix, qui ont d’ailleurs collaboré ensemble. Tous renvoient au burlesque, mais un burlesque froid, distancié, toutefois chaleureux par la compassion qu’inspire ces personnages pris dans un maelstrom sociétal dans lequel ils sont comme englués, dont la seule issue est l’excès, pour se retrouver finalement au ban de la société.

Anticonformiste, iconoclaste, voire dérangeant, « les Habitants » ne ressemble en fait qu’à lui-même. Alex Van Warmerdam, à l’écriture, derrière et devant la caméra, crée véritablement un monde, pour mieux décrypter le nôtre.