"Les Enfants de la chance", entre "Au-revoir les enfants" et "Les Choristes"

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 03/12/2016 à 16H29
"Les Enfants de la chance" de Malik Chibane

"Les Enfants de la chance" de Malik Chibane

© Wild Bunch Distribution

Avec une prédilection pour la comédie plus ou moins dramatique ("Douce France", "Voisins, voisines"…), Malik Chibane adapte l’histoire vraie d’un petit garçon juif de 12 ans hospitalisé en pleine rafle du Vel d’Hiv. Alors que la botte nazie et la collaboration poursuivent leur traque antisémite, il est protégé par le médecin-chef de l’établissement, au milieu d’autres enfants.

La note Culturebox

3
3/5

Le cadre et le fonds

Vu le sujet des "Enfants de la chance", l’on pense aussitôt à "Au revoir les enfants" (1987) de Louis Malle. Il en serait toutefois un peu l’antithèse. Malle jouait sur la corde tragique, et Chibane emprunte une voie plus légère, portée sur les émotions enfantines et le dévouement du docteur Daviel à sauver Maurice et un autre petit juif, Samuel, des autorités d’Occupation. Son film évoque également dans son positivisme "Les Choristes" (2003, Christian Barratier).
"Les Enfants de la chance" : la bande annonce

Les trois films se rejoignent dans la figure centrale des enfants, et la tutelle d’une figure protectrice (professeur, médecin, surveillant) dans un établissement public (école en 1944, hôpital en 1942-44, internat de rééducation pour mineurs en 1948). Au-delà de l’Occupation pour les deux premiers et de l’après-guerre pour le troisième, la reconstitution visuelle de l’époque est primordiale pour Chibane et Barratier, alors que Malle mettait la dramaturgie au centre de son sujet. Aussi, se rejoignent-ils dans la primeur donnée à une atmosphère passéiste, alors que Malle ne la prend que comme cadre historique.

Chansonnettes

"Les Enfants de la chance" n’en demeure pas moins habité d’enjeux dramatiques, mais tend plus vers la parabole humaniste que le réalisme. Le film est ponctué de chansonnettes reprises en chœur par les enfants évoquant leur condition précaire et leurs émotions. Philippe Torreton joue avec conviction le praticien protecteur, mais le groupe d’enfants est moins convaincant, sauf le jeune Maxence Seva (Luc) dans un rôle d’aîné, passionné de radio aux affinités résistantes.

 Pauline Cheviller et Philippe Torreton dans "Les Enfants de la chance" de Malik Chibane

 Pauline Cheviller et Philippe Torreton dans "Les Enfants de la chance" de Malik Chibane

© Wild Bunch Distribution

Le visuel, le ton et les personnages rappellent ceux d’un film d’animation, approche qui n’aurait pas desservie le film, comme l’avait très bien réussie Julian Y. Wolf en adaptant "Le Journal d’Anne Frank" en 2000. L’intervention finale en voix off du véritable protagoniste de l’histoire, aujourd’hui âgé de 83 ans, et l’évocation de sa famille décimée par la Shoah, apportent une ultime touche d’émotion. Elle rappelle le drame humain qui s’est joué, traité ici avec une pointe d’insouciance, mais en l’absolvant de pathos et sans passer à côté de son sujet.     

"Les Enfants de la chance" : l'affiche

"Les Enfants de la chance" : l'affiche

© Wild Bunch Distribution

LA FICHE

Drame de Malik Chibane (France), Avec : Matteo Perez, Philippe Torreton, Pauline Cheviller, Mathias Mlekuz,  Antoine Gouy, Anne Charrier - Durée : 1h35 - Sortie : 30 novembre 2016

Synopsis : Juillet 1942. Emmené à l’hôpital de Garches pour une jambe cassée, Maurice Gutman, 12 ans, évite de justesse la rafle qui va emporter sa famille. À l’hôpital, le docteur Daviel lui diagnostique une tuberculose et lui impose un long traitement. Et si cela n’était qu’une ruse pour éviter à Maurice d’être déporté ? Maurice et huit autres jeunes pensionnaires vont vivre, avec le personnel hospitalier, une expérience inoubliable, faite de preuves d’amitié, de solidarité et de courage extraordinaire. Ce sont les enfants de la chance et leur histoire est vraie.