« Le Policier » : Israël de l'intérieur

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 25/03/2012 à 20H12
Yiftach Klein (G), dans "Le policier" de Nadav Lapid

Yiftach Klein (G), dans "Le policier" de Nadav Lapid

© Bodega Films

De Nadav Lapid (Israél), avec : Yiftach Klein, Yaara Pelzig, Michael Moshonov - 1h45 - Sortie : 28 mars

Synopsis : Yaron travaille au cœur d’un groupe de policiers d’élite, appartenant à une unité anti-terroriste israélienne. Ses compagnons et lui sont l’arme, le fusil pointé par l’Etat sur ses adversaires, « l’ennemi arabe ». Yaron adore l’unité, la camaraderie masculine, son corps musclé, sa beauté. Sa femme, est sur le point d’accoucher ; il pourrait devenir père d’un moment à l’autre. Sa prochaine cible : un groupe israélien, violent, radical, aux revendications sociales qui va le mettre face à lui-même.
 


Thèse, antithèse, synthèse
Premier long métrage sorti en France du réalisateur israélien Nadav Lapid, « Le Policier » traite de la société israélienne, non sous l’angle du conflit israélo-palestinien, où on pouvait l’attendre, mais sous un jour plus intérieur et social.

Histoire d’une prise d’otages, le film est construit en trois parties distinctes. 1) le portrait d’un policier israélien faisant partie d’une unité antiterroriste 2) celui d’un groupe de jeunes activistes israéliens préparant une prise d’otages politique 3) la prise d’otages et l’intervention du groupe policier.

Du parti pris narratif et de la mise en scène émanent les qualités et les défauts du film. L’articulation entre la première partie et la seconde déstabilise. Lancé sur une histoire, l’identification d’un policier à sa mission, on bascule dans une autre, celle de jeunes bourgeois de Tel-Aviv révoltés contre le traitement social qu’inflige le gouvernement aux Israéliens et Palestiniens, au profit de quelques-uns qui s’en mettent plein les fouilles. L’opération montre le romantisme et l’impréparation des terroristes, en même temps que le doute chez un policier convaincu.

Yaara Pelzig dans "Le Policier" de Nadav Lapid

Yaara Pelzig dans "Le Policier" de Nadav Lapid

© Bodega Films

Actions intérieures
L’intérêt principal vient du sujet qui trouve un écho dans tout l’Occident avec le mouvement interplanétaire des « Indignés », lisible dans les motivations des terroristes, en prenant place là où on ne l’attend pas : Israël, vu d’habitude sous l’angle israélo-palestinien, alors qu’il s’agit ici d’un sujet israélo-israélien. Le sujet sécuritaire est au centre, s’agissant de l’histoire d’un policier, comme le titre l’indique. Toute la thèse consiste à la mettre face à une situation pour laquelle il n’est pas préparé : un terrorisme intérieur, fomenté par des Juifs contre des Juifs.

Thriller politique, « Le Policier », maîtrisé dans sa mise en scène, pèche quelque peu dans sa narration. L’interprétation est dominée par Yaara Pelzig, en Madone des jeunes insurgés. Mais le groupe est trop marqué de naïveté juvénile qui fait cliché. Il n’en reste pas moins que l’interprétation de l’actrice lui octroie d’être la révélation du film, dont on entendra sûrement parler. Excellent sujet, mise en scène professionnelle, mais scénario un peu court, « Le Policier » recèle toutes les promesses d’un premier film.