"Le Pays de Charlie", les aborigènes australiens déboussolés

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 17/12/2014 à 15H30, publié le 16/12/2014 à 16H48
David Gulpilil dans "Le Pays de Charlie" de Rolf de Heer

David Gulpilil dans "Le Pays de Charlie" de Rolf de Heer

© DR

Dans son nouveau film, présenté au dernier festival de Cannes dans la sélection "Un Certain Regard", Rolf de Heer suit la trace de Charlie, incarné par David Gulpilil, un aborigène qui revient vivre parmi les siens.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

Réalisé par Rolf de Heer (Australie), avec David Gulpilil, Peter Djigirr, Luke Ford - Durée : 1h48 - Sortie : 17 décembre 2014

Synopsis : L'histoire d'un aborigène, revenant vivre au sein de sa communauté.
Bande-annonce "Le Pays de Charlie" de Rolf de Heer

Ce n'est pas la première fois que Rolf de Heer consacre un film à la question aborigène. Dès 2002, "The tracker" évoquait leur histoire dramatique. Plus tard, "10 canoës, 150 lances et 3 épouses" (2006) abordait le sujet avec infiniment plus de légèreté.

Cette fois, de Heer n'est ni dans le pamphlet, ni dans la comédie. Il trouve le ton juste pour accompagner son "Charlie", un aborigène sexagénaire, qui peine à trouver sa place dans une société australienne qui n'est pas exempte de contradictions.

Charlie, c'est le remarquable David Gulpilil, un acteur de 60 ans, apparu notamment dans "Australia", "Jusqu'au bout du monde", "Le chemin de la Liberté", "Dark Age", "La dernière vague", "Crocodile Dundee" et, bien sûr, "10 canoës, 150 lances et 3 épouses" de Rolf de Heer. 

"Charlie's country" © DR


Cet homme ne sait plus guère où se situer. Sa vie de "déplacé" ne lui convient plus. Il tente de rejoindre sa "Terre Mère", et vit quelques temps en solitaire dans le bush… avant de se retrouver aux urgences de l'hôpital de Darwin, dans un état d'épuisement total. A peine sorti de l'établissement, il traîne dans les rues avec d'autres aborigènes avec qui il s'alcoolise… Une dérive jusqu'à la case prison.

De Heer nous offre d'excellentes choses dans son film : il nous interpelle sur le traitement que l'Australie a réservé et réserve encore aux premiers habitants de l'île-continent ; sa réalisation très sobre, nous offre de somptueuses images des Territoires du Nord, la partie la plus vierge de l'Australie ; on rit souvent dans ce film au sujet grave, jamais traité de façon académique.

On pourra trouver son scénario un peu paresseux, mais "Le pays de Charlie" ("Charlie's Country") permet d'ouvrir grand les yeux sur l'Australie d'aujourd'hui et sur l'impasse dans laquelle se retrouvent nombre d'aborigènes aujourd'hui.