"Le Monde de Dory" : Disney-Pixar asphyxie "Le Monde de Némo"

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 22/06/2016 à 18H51, publié le 20/06/2016 à 10H33
"Le Monde de Dory" de Andrew Stanton et Angus MacLane

"Le Monde de Dory" de Andrew Stanton et Angus MacLane

© Pixar Animation Studios

Une réalisation Pixar, studio d’animation numérique propriété de Disney, est gage de qualité ("Toys Story", "Ratatouille", "Wall-E"…) "Le Monde de Némo" fait partie de leurs plus beaux fleurons tant critique que public. Une suite s’imposait. C’est "Le Monde de Dory" qui reprend un des personnages principaux du premier opus. Le résultat est moins abouti dans la forme et le (grand) fond.

La note Culturebox

2
2/5

Répétitif et doucereux

Ce sont pourtant les mêmes réalisateurs que ceux du "Monde de Némo", Andrew Stanton et Angus MacLane, qui signent "Le Monde de Dory". Le film sent la commande et non l’enthousiasme créatif de l’original. Il reprend point par point son scénario : la scène de l’école, la séparation d’avec les parents, la quête de leur rejeton, son enlèvement par des hommes, ses tentatives d’évasion, ses rencontres avec des congénères compatissants… Un écueil qu’a évité "Toys Story" dans ses deux suites, également géniales, voire meilleures que leur modèle.
"Le Monde Dory" : la bande annonce
Pixar perdure à mettre de la psychologie dans des personnages animés abimés : la nageoire atrophiée de Némo, la perte de mémoire immédiate de Dory, la dépression de Joy ("Vice versa"), le blocage neuro-technique de Wall-E… En cela les films d’animation Disney se sont émancipés d’une naïveté manichéenne à laquelle ils sont identifiés. Une certaine cruauté, voire des scènes traumatisantes pour le plus jeune public, a pourtant toujours été de mise chez Disney : la forêt hantée de "Blanche-Neige", la mort de la mère de "Bambi", celle de la maman de Némo, "La Nuit sur le Mont-chauve" de "Fantasia",  la transformation en dragon de Maléfic dans "La Belle aux bois dormant"… Mais c’est le lot de tous les contes, dont s’est largement inspiré le créateur de Mickey. Ce dernier était d’ailleurs à l’origine très sarcastique et violent. De cela rien ne subsiste dans le très policé "Monde de Dory".


Routine

Exit les récifs psychédéliques de "Némo", l’originalité du sous-marin échoué et du champ de mines, les requins en cure de désintoxication poissonnière, la faconde des poissons de l’aquarium du dentiste… Seul reste à sauver le duo de loups de mer, jaloux de leur petit rocher, dont ils interdisent l’accès à Gérard, un de leurs semblables. Un gag à répétition efficace. Le poulpe Hank a aussi un peu de tenue. Mais c’est bien peu. Le manque de renouvellement par rapport au "Monde de Némo" et dans l’action-même du "Monde de Dory" mènent à un manque de rythme et une certaine lassitude. L’on en finit à regarder sa montre, et à lorgner la porte de sortie.
"Le Monde de Dory" de Andrew Stanton et Angus MacLane 

"Le Monde de Dory" de Andrew Stanton et Angus MacLane 

© Pixar Animation Studios

Disney-Pixar vise visiblement la facilité. Celle d’établir une franchise identifiable par les plus petits, qui ne manqueront pas d’y entraîner leurs parents. Au cinéma, puis à domicile en DVD. "Le Monde de Dory" manque d’exigence et d’audace, jusqu’alors caractéristiques des réalisations Pixar. Un savoir-faire technique demeure. Mais il reste au service d’une routine, comme en rade sur une mer d’huile.

"Le Monde de Dory" : l'affiche française

"Le Monde de Dory" : l'affiche française

© Walt Disney Company France
La fiche film
Film d'animation de Andrew Stanton et Angus MacLane (Etats-Unis), avec les voix françaises de Céline Monsarrat, Franck Dubosc, Mathilde Seigner, Philippe Lellouche, kev Adams - Durée : 1h35 - Sortie : 22 juin 2016
Synopsis : Dory, le poisson chirurgien bleu amnésique, retrouve ses amis Nemo et Marin. Tous trois se lancent à la recherche du passé de Dory. Pourra-t-elle retrouver ses souvenirs ? Qui sont ses parents ? Et où a-t-elle bien pu apprendre à parler la langue des baleines ?