"Le Dos rouge" : de la monstruosité dans le processus de création

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 25/04/2015 à 14H03, publié le 20/04/2015 à 14H24
Jeanne Balibar et Bertrand Bonello dans "Le Dos rouge" de Antoine Barraud

Jeanne Balibar et Bertrand Bonello dans "Le Dos rouge" de Antoine Barraud

© Epicentre Films

Antoine Barraud avait déjà donné dans l'étrange avec ("Les Gouffres") où une jeune femme en mal de son mari, en mission d'exploration, se voyait happée par un vide existentiel. "Le Dos rouge" récidive avec un sujet encore atypique, et constitué d'un casting inattendu, avec le réalisateur Bertrand Bonnello ("Saint Laurent") et la troublante Jeanne Balibar.

La note Culturebox
2 / 5                  ★★☆☆☆

De Antoine Barraud (France), avec : Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preiss, Barbet Schroeder, Pascal Greggory - 2h07 - Sortie : 22 avril 2015

Synopsis : Un cinéaste reconnu travaille sur son prochain film, consacré à la monstruosité dans la peinture. Il est guidé dans ses recherches par une historienne d’art avec laquelle il entame des discussions étranges et passionnées. 
Le Dos rouge : la bande-annonce


Freaks

Curieux sujet que celui de ce cinéaste, interprété par le réalisateur Bertrand Bonello, effectuant des recherches sur la monstruosité en peinture et en sculpture, guidé par une historienne de l'art (Jeanne Balibar). Plus il avance dans sa quête, plus une mystérieuse plaque rouge grandit dans le bas de son dos. Sa quête tératologique (étude des malformations congénitales) semble le transformer lui-même en monstre.

Tod Browning a traité de la monstruosité dans nombre de ses films, dont son chef-d'œuvre, "Freaks, la monstrueuse parade" (1932), et David Lynch filma en 1980 l'émouvant biopic du célèbre John Merrick, plus connu sous son sobriquet d'"Elephant Man". Citons également "L'Homme sans visage" (1993) de et avec Mel Gibson, qui traite d'un personnage défiguré rejeté par la population. Aussi, le thème de la monstruosité est-il plus rare qu'on ne l'imagine au cinéma, hormis dans un cinéma fantastique où les monstres sont légion. Ce n'est évidemment pas sous cet angle qu'Antoine Barraud traite son sujet, mais sous un jour bien plus cérébral, avec au centre le thème du processus de création.
 

Bertrand Bonello dans "Le Dos rouge" de Antoine Barraud

Bertrand Bonello dans "Le Dos rouge" de Antoine Barraud

© Epicentre Films


Je est un autre

Le premier film d'Antoine Barraud avait pour titre "Monstre", puis trois de ses courts métrages se dénomment "1 Monstre", "Monstre numéro deux", et enfin "Monstre (2)". Un thème quasi obsessionnel. Une obsession qui hante le personnage de Bertrand (double fictionnel de Barraud), jusqu'à la somatisation, avec l'apparition de la mystérieuse plaque rouge qui ne sera jamais expliquée, faisant de Bertrand un mutant en puissance, rongé par son processus de création en cours.  Le thème du double est également au centre, occupant la seconde partie. Célia Bhy est interprétée par Jeanne Balibar qu'escamote Géraldine Pailhas, sans plus d'explication. Un renvoi explicite au "Vertigo" d'Hitchcock, relue par Brian De Palma dans "Obsession", mais peut-être plus encore, comme un écho à "Mulholland Drive" de David Lynch. Si Bonello interprète un cinéaste, un autre réalisateur joue dans le film : Barbet Shroeder dans un rôle de médecin. Le double se retrouve donc un peu partout.

Ce curieux imbroglio participe d'un film fleuve (2h07), assez froid, où la seule sensualité émane de la voix et du phrasé inimitables de Jeanne Balibar. Mais il ne faudrait pas passer à côté des œuvres d'art filmées, Antoine Barraud s'y arrêtant avec des choix de cadrages différents, parfois de front ou parcellaire, voire simplement aperçus, avec des choix très éclectiques et qui interrogent le spectateur dans son rapport à l'art. On adhère ou pas et l'on peut décrocher si l'on n'entre pas d'emblée dans un processus intellectuel où, heureusement, l'extravagance de Jeanne Balibar suscite l'adhésion, avec un Bertrand Bonello tout à fait étonnant et à sa place comme acteur.