"Le Dernier coup de marteau" : une enfance en quête de sens

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 12/03/2015 à 15H37
Grégory Gadebois et Romain Paul dans "Le Dernier coup de marteau" de 

Grégory Gadebois et Romain Paul dans "Le Dernier coup de marteau" de 

© Lionceau Films

Après "Clotilde et Tony", la réalisatrice Alix Delaporte reprend le thème du couple et réinvite à l’écran son actrice Clotilde Hesme dans "Le Dernier coup de marteau". Le premier parlait d’une rencontre, le second d’une séparation consommée, mais le sujet est ailleurs. C'est celui d’un enfant de 13 ans en quête du père, absent depuis sa troisième année. Une déshérence qui va trouver son chemin.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

De Alix Delaporte (France), avec :  Romain Paul, Clotilde Hesme, Grégory Gadebois, Farida Rahouadj, Candela Peña - 1h23 - Sortie : 11 mars 2015

Synopsis : Quand Victor, 13 ans, pousse la porte de l'opéra de Montpellier, il ne connaît rien à la musique. Il ne connaît pas non plus son père venu diriger la 6e symphonie de Mahler. Il l’observe de loin, découvre l'univers des répétitions... Le jour où Nadia, sa mère, lui annonce qu’ils doivent quitter leur maison sur la plage, Victor s’inquiète. Pour sa mère, dont il sent qu’elle lui cache quelque chose, mais aussi pour sa relation naissante avec Luna, la voisine espagnole. Victor décide alors de se montrer pour la première fois à son père... 
Le Dernier coup de marteau : la bande-annonce

Labyrinthe

Victor vit avec sa mère, atteinte d’un lourd cancer, dans un bungalow qui jouxte une caravane où se trouve sa chambre. Ils vivent sur un terrain vague, un vague terrain, dans une vague habitation, à côté des vagues de la mer, près de Montpellier. Victor ne cesse d’errer sur les routes entre sa maison précaire, son école, son club de foot et la ville. Ces allers et retours incessants sont comme les symptômes d’une quête, d’un but. L’école, où il semble plutôt bon élève ? Le foot, où il est repéré par son entraîneur ?

Non, son port d’attache va être l’Opéra de Montpellier, où celui qu’il sait être son père, répète comme chef d’orchestre la sixième symphonie de Mahler. S’il ne cesse de marcher, courir, sur la route où il fait du stop, Victor erre longuement dans les couloirs labyrinthiques de la salle de spectacle, un espace tant physique que mental, un parcours initiatique, tant pour lui que pour son père, dur, taiseux, renfermé, dont la sensibilité, toute introvertie, concentrée sur la musique, s’ouvrira grâce à celle d’un fils rejeté par le passé qui les rattrape.
 

Clotilde Hesme et Romain Paul dans "Le Dernier coup de marteau" de Alix Delaporte

Clotilde Hesme et Romain Paul dans "Le Dernier coup de marteau" de Alix Delaporte

© JC Lother
La 6e de Mahler

Le choix de la 6e symphonie de Mahler, dite "Tragique", que conduit le père de Victor, est loin d’être gratuit. Elle a été considérée par le compositeur comme prémonitoire de son destin : la perte de sa fille, de celle de sa place à la tête de l’orchestre de Vienne, puis l’annonce de sa maladie de cœur qui lui sera fatale. Trois coups, marqués dans la partition par trois coups de marteau, instrument rare et que Mahler utilisait pour la première fois, et dont il supprima la dernière frappe (pour déjouer le sort), mais que certains conducteurs d’orchestre conservent.  D’où le beau et énigmatique titre du film.

Dans son deuxième long métrage, Alix Delaporte le supprime. "Le Dernier coup de marteau" traduit une montée vers la lumière. Les traits fermés de Victor s’illuminent dans le dernier quart d’heure, ses sourires s’affirment de plus en plus, sa relation avec sa mère moribonde s’apaise, celle avec sa jolie voisine de son âge se concrétise, à partir de la résolution du rapport au père. Beau sujet, beau film, "Le Dernier coup de marteau" est toutefois imprégné de répétitions, dans les successifs allers-retours entre la "maison" et l’Opéra, les plages musicales et les déplacements de Victor, qui participent du sujet, mais un peu lassants dans le rythme, même sur une durée limitée d’1h23 (un luxe aujourd’hui). Une partition toutefois bien menée, notamment par la prestation du jeune Romain Paul, qui lui a valu le Prix Marcello Mastroianni du jeune acteur au dernier Festival de Venise : mérité.