"Le Conte des contes" : Matteo Garonne s'attaque au fantastique du XVIIe siècle

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 29/06/2015 à 14H29, publié le 29/06/2015 à 12H41
"Le Conte des contes", adaptation du recueil  le "Pentamerone" écrit par le napolitain Giambattista Basile vers 1634 

"Le Conte des contes", adaptation du recueil  le "Pentamerone" écrit par le napolitain Giambattista Basile vers 1634 

© Elizabeth Kinnear - Le Pacte

Matteo Garonne était pour la troisième fois en compétition à Cannes avec "Le conte des contes", après "Gomorra" (2008) et "Reality" (2012), tous deux Prix du jury. Après un film sur la mafia et un autre sur la télé réalité, il adapte des contes de Giambattista Basile (1566-1632). Malgré Salma Hayek, Vincent Cassel et ses images somptueuses, le film est reparti bredouille.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆


Baroque

On n'attendait pas Metteo Garonne sur l'adaptation des contes de Giambattista Basile, après "Gomorra" et "Reality". Basile inspira entre autres les frères Grimm et Perrault : "Peau d'âne", "Cendrillon", "Le Chat botté", "La Belle aux bois dormants"… Dans un registre relevant autant de la fantasy, avec moult effets spéciaux, reines, rois, princesses, sorciers, monstres et autres ogres, le film de Garrone fait merveille. Et cela n'est pas contradictoire à ses deux longs métrages précédents. Tous travaillent le rapport entre les légendes et le réel. C'est comme la cheville ouvrière de Garonne : les leurres de la mafia avec ses petites mains ("Gomorra"), ceux de la télé avec les spectateurs ("Reality"), aujourd'hui le réel révélé par le fantastique.

Le conte des contes : la bande-annonce

Dans cette adaptation très partielle du "Conte des contes", Garonne a retenu trois histoires qui se croisent et s'entrecroisent, sans jamais se rencontrer, concernant trois royaumes proches, touchés par des malédictions. La mise en images est splendide, tout le monde en convient. Mais elle semble gêner. Baroque, colorée, numérique… Qui peut dire pourtant que la vision du Léviathan au début du film le discrédite ? Comme toutes les autres qui peuplent le film ? Salman Hayek dévorant le cœur ensanglanté du monstre marin, la puce géante, l'ogre de la montagne…

"The Tale of Tales" de Matteo Garrone

"The Tale of Tales" de Matteo Garrone

© Le Pacte


Syncopé

"Le Conte des contes" n'est néanmoins pas d'un abord facile. Il est construit sur une rythmique syncopée, passant d'une histoire à l'autre, sans jamais la conclure et la laissant en suspense, jusqu'à sa reprise pour la mener à son terme. Une narration qui rejoint celle de l'original de Basile. Mais la priorité est sans doute une mise en images qui rend hommage aux contes d'origine, grâce aux effets spéciaux.

Garonne n'est toutefois pas exempt de griefs. Ainsi, la durée de deux heures pourrait être ramenée à vingt minutes de moins, comme beaucoup d'autres films actuels. Reste un enchantement visuel qui porte le film. Il n'avait toutefois aucune chance de figurer au palmarès cannois. Ce film aurait sans doute beaucoup plu à Tim Burton, mais moins, visiblement, aux frères Coen…

Le Conte des contes

De Matteo Garrone (Italie) avec Vincent Cassel, Salma Hayek, John Christopher Reilly - 2h05, Date de sortie: 1er juillet 2015.

Synopsis : Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile