"Le Conte de la princesse Kaguya" : une animation d'une délicatesse inouïe

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 23/06/2014 à 12H13
"Le Conte de la princesse Kaguya" de Isao Takahata

"Le Conte de la princesse Kaguya" de Isao Takahata

© The Walt Disney Company France

Réalisateur et initiateur de l’équipe des studios Ghibli, dont le fer de lance n’est autre que le maître de l’animation japonaise Hayao Miyazaki ("Princesse Mononoké", "Le Voyage de Chihiro", "Le Vent se lève"…), Isao Takahata ("Le Tombeau des lucioles", "Mes voisins les Yamada"…) sort un nouveau chef-d’œuvre, en rupture avec les traditionnels mangas animés : une merveille.

La note Culturebox
5 / 5                  ★★★★★

Film d'animation de  Isao Takahata (Japon) - 2h17 - Sortie : 25 juin 2014

Synopsis : Adapté d’un conte populaire japonais "Le couper de bambou", un des textes fondateurs de la littérature japonaise, Kaguya, "la princesse lumineuse", est découverte dans la tige d'un bambou par des paysans. Elle devient très vite une magnifique jeune femme que les plus grands princes convoitent : ceux-ci vont devoir relever d’impossibles défis dans l’espoir d’obtenir sa main. 
"Le Conte de la princesse Kaguya" : la bande-annonce

Epure
"Le Conte de la princesse Kaguya", adapté d’un texte traditionnel japonais du Xe siècle – le plus ancien connu de l’archipel, aux réminiscences tibétaines -, s’avère très différent de la production nippone dans le domaine de l’animation. Son graphisme très épuré, dénué de l’abondante foule de détails "décoratifs", ses couleurs pastel d’une douceur envoûtante, produisent un enchantement inédit.

Charme, le mot est dit. L’on est d’emblée aspiré par ce magnifique récit dès les premières images montrant un coupeur de bambous dans des plans à la verte pâleur, où il découvre un petit être au cœur d’une de ses prises. L’autre titre du conte est "L’Histoire du coupeur de bambous", car le bûcheron y est tout autant concerné que la petite héroïne. Quand il la ramène à la maison, sa femme est tout aussi conquise, et le vieux couple l’adopte pour en faire une princesse, tant il émane d’elle de majesté. D’autres merveilles leur permettent de s’installer dans un vaste palais de la capitale. La beauté de l’infante attire alors les plus grands princes de la région : l'intrigue se complique…

"Le Conte de la princesse Kaguya" de Isao Takahata

"Le Conte de la princesse Kaguya" de Isao Takahata

© The Walt Disney Company France

Marxiste ?
"Le Conte de la princesse Kaguya" change de ton dès les tentatives de conquête de sa main par les princes. Le récit tourne autour de la lutte des classes. Un marxisme pour le moins prémonitoire, concernant un conte remontant au Xe siècle ! La princesse, par un stratagème savant, rejette tous ses prétendants, ne pensant qu’à quitter son palais, pour retrouver ses origines rurales, alors que son père adoptif ne pense qu'à son élévation sociale. Mais d’autres contingences vont intervenir pour encore compliquer l’affaire et verser dans un registre plus métaphysique. Toutefois, point ne faut trop en dire…

Magnifique récit, sublimement mis en images, "Le Conte de la princesse Kaguya" se révèle un des plus beaux films d’animation des studios Ghibli. Sa facture tout en subtilité graphique et colorée, alliée à la profondeur de son propos, sur une durée de 2h14, ne se propose pas d’emblée à un public juvénile habitué à des spectacles plus tourmentés. Cela serait à tort, car l’attention est constante. Différentes histoires s’imbriquent les unes aux autres, renouvelant toujours l’attention. D’autant que l'esthétique tout en accord avec l’art japonais, en est la clé. A voir de toute urgence.